CHAPITRE SEPTIÈME
mourir. De pareilles monstruosités n’ont jamais souillé un théâtre purement grec; mais elles ont pu très bien se passer sur cette scène essentiel! mient romaine d’Orange, massive, dépourvue d’ornements, et qui semble avoir été construite moins pour les comédies de Plaute ou de Térence que pour les exercices des bateleurs et des pantomimes, des gladiateurs et des animaux.
L’ensemble de l’édifice est toutefois fort imposant. Le grand mur de la scène est debout, presque intact. Construit de blocs énormes, il a résisté à toutes les injures du temps. Il était décoré autrefois à l’intérieur de trois rangs de colonnes dont on retrouve encore des fragments à leur place, en granit poli et en marbre blanc. La décoration de la façade extérieure est plus que simple; la grandeur n’exige pas d’ornements. La partie réservée au public, ce que nous appelons aujourd’hui la « salle de spectacle », était creusée dans la montagne. Les premiers rangs sont directement entaillés dans le roc; sur l’ensemble des gradins peuvent encore prendre place plusieurs milliers de spectateurs; et tout le monde connaît les magnifiques représentations qu’on y donne depuis quelques années et qui font revivre, à plus de deux mille ans de date, les divines beautés de la tragédie grecque.
Il existe à Rome, sur le Forum, trois arcs de triomphe célèbres qui datent tous les trois de l’époque impériale et sont bien connus des archéologues, des artistes et même des simples voyageurs : l’arc de Septime-Sévère, à côté de la fameuse tribune aux harangues; l’arc de Titus, au pont culminant de la voie Sacrée; enfin, prè9 du Colisée, l’arc élevé d’abord en l’honneur de Trajan et surchargé, deux siècles plus tard, de bas-reliefs en l’honneur de Constantin, dont il a porté depuis le nom.
L’arc de triomphe d’Orange ne le cède en rien aux trois monuments de Rome. L'édifice est réellement somptueux; et, malgré les altérations inévitables dues au temps et quelques mutilations i dues aux hommes, c’est encore une merveille de conservation. Il a 22 mètres de hauteur, 21 de largeur, 8 de profondeur, et se compte de trois arcadçs. L’arçade du milieu, spécialement des-
DE LYON A AVIGNON
tinée aux chars et aux cavaliers, est plus élevée que les deux latérales et surmontée d’un grand fronton triangulaire. Au-dessus et tout autour du monument règne un attique puissant couronné d’une massive corniche. L’édifice est flanqué d’élégantes colonnes corinthiennes cannelées; les deux façades principales, les retours, les soubassements, les pieds-droits, les voûtes, l’attique, la frise sont couverts d’une profusion de sculptures et de bas-reliefs. C’est un véritable musée en plein air. Le plus important, le mieux conservé de ces motifs, est au-dessus du fronton, au milieu de la frise septentrionale, et représente une grande mêlée de fantassins et de cavaliers d’un très beau mouvement. L’intérieur des trois voûtes est décoré d’élégantes rosaces dans de vigoureux encadrements; et les bordures des arcades bont enguirlandées de pampres, de raisins, de fleurs, de fruits.
Les deux façades principales représentent des instruments de sacrifice et des trophées d’armes. Sur les façades latérales, on voit d’autres trophées d’armes offensives cl défensives, des groupes de captifs, les mains liées derrière le dos. On y remarque surtout une femme étrange qui met son doigt dans son oreille et qu’on appelle généralement la « Sibylle de Marius », en souvenir peut-être de cette fameuse prophétesse syrienne que le général romain faisait conduire avec lui en litière dans ses campagnes et qu’il consultait ou feignait de consulter avant d’engager ses troupes contre l’ennemi. Mais il faut un peu se méfier de la tendance populaire qu’on a de tout rapporter à César ou à Marius dans cette partie de la vallée du Hhône qui commence à Orange et finit au golfe de Fos; et il est fort probable que cette sibylle n’est qu’une simple captive ou la représentation figurée d’une ville conquise.
Ce n’est pas sans beaucoup de mutilations et d'éraflures que le monument a traversé vingt siècles; mais il en porte glorieusement le poids. La masse entière a subsisté; et la façade septentrionale en particulier, moins attaquée par les hommes et surtout par les éléments, est demeurée presque intacte. Le vent sec du