‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 107 sur 209 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

fondrer sur place, mais qui, à l’époque où elles ont été bâties, perchées sur des hauteurs d’un accès souvent difficile, pouvaient résister sans peine à un coup de main hardi, à une insurrection locale et même à l’assaut de troupes disposant d’un matériel d’attaque assez rudimentaire. A chaque station du chemin de fer, à chaque escale du bateau à vapeur, à chaque coude du fleuve, le voyageur aperçoit une fortification nouvelle, d’un dessin différent, C’est un véritable panorama de l’architecture militaire du moyen âge qui se déroule devant ses yeux.

C’est d’abord Condrieu, presque immédiatement au-dessous de Vienne, dont une tour du douzième siècle est encore assez bien conservée et couronne majestueusement le coteau qui domine la ville; — Saint-Clair, qui n’est plus qu’un amas de ruines; — le château du Péage de Roussillon, où Charles IX rendit, en 1564, la fameuse ordonnance en vertu de laquelle l’année civile qui commençait alors à Pâques devait commencer à l’avenir le l w janvier ; — Payraud, restauré dans le goût moderne et tristement célèbre dans l’histoire des guerres civiles du Vivarais; — Saint- Rambert d’Albon, qui commande la fertile vallée qu’on appelait la vallée d’Or, vcdlis Aurea , la Valloire, et dont le vieux château féodal démantelé ne présente qu’un amoncellement de débris; — Saint-Roman, près d’Andancette, où se dresse un grand donjon carré, seul reste du château dont sont sortis les dauphins du Viennois, vaste forteresse qui occupait toute une partie du plateau; — Saint-Vallier, ancien domaine des comtes de Valentinois de la maison de Poitiers, dont on voit encore le château gothique flanqué de tours à demi ruinées, vieille demeure de la célèbre Diane, rivale victorieuse de la duchesse d’Etampes, qui régna en réalité pendant quelques années en France sous le nom de 9 on royal amant; — la haute tour d’Arras, près de Serves, dernier reste d’un respectable manoir disparu; — le château de Toumon, aux tours rondes et crénelées presque intactes, qui domine la ville et dont les immenses salles plus ou moins restaurées servent aujourd’hui d’hôtel de ville, de tribunal et de prison; — la Roche de Glun, sur un banc de rochers qui s’avance en éperon

DE LYON A AVIGNON

dans le Rhône, rasée par Louis IX avant son départ pour la Terre Sainte, et dont quelques assises seulement émergent encore au-dessus des basses eaux; — Châteaubourg, sur la rive droite du fleuve, antique forteresse aux murs crénelés, et dont il reste encore deux vieilles tours inégales, l’une ronde, le donjon, l'autre carrée, la tour du midi, dominant toutes deux le Rhône et la vallée de l'Isère qui leur fait face; — puis, les ruines grandioses de Crussol, les « Cornes de Crossol », comme on les appelle encore vulgairement à cause des deux donjons ébréchés qui se dressent fièrement au fatte de la montagne, véritable citadelle qui surmontait au moyen âge tout un village aujourd’hui disparu, entouré lui-même de remparts et de tours dont l'énorme masse croulante couvre de ses débris tout le versant qui regarde le Rhône; — plus loin, la Tour Ma'udite de Soyons, débris du vieux château fort d’Yons; — Etoile et le château de Papillon, qui appartenait, comme celui de Saint-Vallier, à la toute-puissante favorite de François I er , désignée alors dans le pays sous le nom de la « dame d’Etoile »; — les ruines du château de Beauchastel, près de Charmes; — Livron et Loriol, deux petites villes huguenotes qui commandaient l’entrée de la vallée de la Drôme, et dont les lambeaux de murailles portent les traces des nombreux sièges qu’elles ont soutenus pendant les guerres de religion; — en face, sur la rive droite, le château plus moderne de Lavoulte, obscurci par les fumées de l’industrie moderne, ancien domaine des familles de Ventadour et de Soubise, élégante construction de la Renaissance, qui fut un moment le quartier général de Louis XIII et de Richelieu avant le siège de Privas; — Cruas, l’un des types les plus complets de la féodalité monastique, avec son abbaye fortifiée, son donjon superbe, son bourg enfermé dans une triple enceinte de murailles, flanqué de tours carrées, presque toutes encore debout, et son église romane byzantine, l’une des merveilles de l'architecture religieuse du douzième siècle dans le midi de la France; — Rochemaure, la ville noire, aux rues étroites, tortueuses, gravissant en pente raide 1’âpre montagne, pavées de gros blocs de basalte, bordées de maisons

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