CHAPITRE VIII
Aspect, isolement et altitude du mont Ventoux. — Le mistral, ses ravages, so influence assainissante.
Abondance des pluies et sécheresse extrême sur le mont Ventoux. — Sources et fontaines sur les versants et à la base : la Fontfîiiole ; les sources de la Grave, de l'Angel et du Groseau ; la Fontaine de Vauclnse.
La Huerta d’Avignon. — Anciens marécages de la plaine. — Le Tbor. — LTsle en Venayssin. — La Sorgues et les Sorguettes. — Le village de Vaucluse. — La vallée close, vcUlit clusa, Vaucluse.
La Fontaine de Vaucluse dans les temps anciens. — L'Orige ou (S)orige do Pline, la Sulga , EovXyaç de Strabon, la Sorgia , le Sorgo , la Sorgues. — La religion naturaliste des peuples celtiques et des Romains. — Fontaines et sources divinisées. — Le rituel antique des fontaines sacrées.
Pétrarque à. la Fontaine de Vaucluse. — Laure de Noves. — Caractère chevaleresque de l'amour de Pétrarque et de Laure. — Influence de Laure sur le génie dô Pétrarque.
Presque en face d’Orange, à l’Ouest, du côté des Alpes, au milieu de cette grande plaine historique dont nous venons de parler, une montagne étrange émerge de la plaine. C’est le Mont Ventoux, la <c montagne des vents », mons ventosus. L’énorme masse s’aperçoit à plus de 50 kilomètres avant d’arriver à Avignon; elle grandit à mesure qu’on en approche et finit par cacher presque une moitié de l’horizon. Il n’existe ni en France ni môme en Europe de montagne de pareille dimension, aussi compléterment isolée.
C’est le dernier ressaut de la chaîne des Alpes, et comme une sentinelle avancée, en quelque sorte perdue. Elle ne borde pas la vallée du Rhône comme les autres chaînes de montagnes, qui
courent avec le fleuve depuis Lyon. Elle sort tout d’une pièce de la plaine et la domine tout entière.
Les grands sommets des Alpes et des Pyrénées qui se trouvent sur notre territoire, quoique d’une altitude supérieure, sont pour ainsi dire enchâssés dans les massifs de leurs chaînes respectives et ne s’élèvent pas à plus de quelques centaines de mètres, de 1,000 tout au plus au-dessus des pics et des plateaux voisins. Les Vosges n’atteignent pas 1,500 mètres de hauteur. Les points culminants des Cévennes, le mont Lozère et le mont Mézenc, dans le Vivarais, ont 1,530 et 1,820 mètres; le Puy de Dôme n’en a que 1,460. Le pic le plus élevé de l’Auvergne, le Mont-Dore, a bien 1,930 mètres d’altitude au-dessus du zéro de la mer; mais c’est le centre orographique du plateau central de la France, et sa hauteur relative au-dessus des montagnes voisines n’est que de quelques centaines de mètres. Le Ventoux, au contraire, surgit brusquement de la plaine du Rhône qui n’a que quelques mètres d’élévation au-dessus de la mer, et son sommet atteint la cote de 1,911 mètres. De la base au faîte, une route carrossable a été tracée avec une pente de près de 10 pour 100 et n’a pas moins de 22 kilomètres de développement en lacets. Nulle part en France on ne voit une pareille poussée minérale, localisée pour ainsi dire au milieu d’une plaine. C’est la dernière manifestation de la force puissante qui a plissé l’écorce terrestre et a modelé les grands massifs de la chaîne des Alpes. Avant d’expirer dans la plaine du Rhône, celte force semble avoir fait un suprême effort; elle a produit un dernier soulèvement. Ce soulèvement est lo Ventoux.
L’aspect du Ventoux est trop curieux, son ascension trop facile, la vue que l’on découvre de son sommet trop vaste pour que l’on puisse douter que la montagne n’ait été connue, explorée, peut-être même habitée ou tout au moins utilisée comme poste d’observation dans les temps les plus anciens. L’occupation des plateaux élevés avait alors une importance plus grande encore que de nos jours. Les géographies et les histo-