‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 117 sur 209 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

miennes du sous-sol favorisent son écoulement. Elle s'emmagasine au-dessous du mont Vaucluse, et contribue à l'alimentation de la fontaine célèbre de ce nom. la plus chantée peut-être de toutes les sources dans toutes les langues et dans tous les rythmes, illustrée par de poétiques amours, objet de la visite de tous les touristes de la Provence, et dont nous ne pouvons nous empêcher de parler ici avec quelques détails.

On dit la « Haerta » de Valence; on pourrait aussi bien dire la « Hucrta » d'Avignon. La plaine qui côtoie le Rhône et qui s’étend jusqu’à la montagne de Vaucluse est, en effet, un véritable jardin. Enfermée entre le grand fleuve, la Durance et la petite rivière de l'Ouvèze, qui baigne les murs de l'antique Vaison, traversée par la Sorgues et ses ramifications, sillonnée par un nombre considérable de canaux et de filioles dont les chutes motrices actionnent une série presque ininterrompue d'usines et de moulins, cette plaine privilégiée, tour à tour échauffée par le soleil do la Provence, rafraîchie, colmatée, nourrie par des eaux d'arrosage et des eaux industrielles, est devenue une sorte de terre promise. La banlieue d’Avignon, en particulier, est une oasis d’une fertilité, d'une fraîcheur, d’une richesse incomparables. La Sorgues ou mieux les Sorgues — car la rivière se divise en une foule de bras — divaguaient autrefois dans cette plaine et formaient un peu partout des marécages insalubres. Tout est transformé aujourd’hui; mais les désignations locales nous ont conservé le souvenir de la physionomie paludéenne de la région. La belle église romano-byzanline du Thor, castrum de Thoro, porte le nom de Notre-Dame du Lac, et rappelle ainsi une statue de la Vierge Marie, retrouvée, dit-on, miraculeusement par un taureau dans les étangs qui entouraient la ville, aujourd'hui transformés par la culture en prairies de première valeur. L’ancien petit

LE MONT VENTOÜX ET LA FONTAINE DE VAUCLUSE 2lî>

bourg de Saint-Laurent s’appelait, dans le principe, « les Iles », Insulæ , et n’était, jusqu’au neuvième siècle, qu’une agglomération informe de misérables cabanes de pêcheurs, construites sur pilotis, un peu partout au hasard dans la plaine noyée par les eaux stagnantes de la Sorgues. Le marécage a été desséché, la plaine assainie et rendue à la culture, les eaux croupissantes localisées et maintenues dans des lits réguliers; et aujourd’hui, la jolie petite ville de l’Isle en Venayssin, ou l’Isle-sur-Sorgues, traversée par plusieurs canaux appelés, suivant leurs dimensions, des « sorgues » ou des « sorguettes », ville en quelque sorte amphibie, toute ruisselante de l’écume de ses moulins et de ses usines aux grandes roues clapotantes, est, depuis plus de quatre cents ans, une des plus riches et des plus industrieuses du Comtal.

Un peu au-dessus de l’Isle, tous les bras de la Sorgues se réunissent en un seul. La vallée se resserre entre deux rangs de collines pierreuses sur lesquelles s’étagent les vignes et les oliviers de Provence. A 10 kilomètres plus en amont, la route fait un coude brusque, et la vallée s’élargit un peu. Une petite église romane de la fin du dixième siècle, une colonne commémorative en l’honneur de Pétrarque, quelques viviers où l’on conserve des truites et des écrevisses dont la chair exquise a obtenu plusieurs fois d'illustres, presque d'augustes suffrages (1), un groupe pittoresque d’usines aux grandes roues pendantes dans la rivière, c’est le gracieux hameau de Vaucluse. En l’air, sur la pointe d’une roche escarpée, surplombant presque le vijlage, se découpent les ruines d’un vieux château démantelé, le château de Pétrarque, — comme on l’appelle à tort dans le pays où l'on se plaît à tout rapporter au poète qui l’a si bien illustré et chanté, — en réalité demeure féodale de son ami et protecteur Philippe de Cabassole, cardinal évêque de. Carpentras et seigneur de Vaucluse. Le paysage devient alors grandiose. La Sorgues bouil-

(1) Cf. G. Baylb, Quelques visiteurs célèbres de Vaucluse , Robert , roi de Naples Alfieri , Christine de Suède , Joseph , roi de Bavière , Louis, roi de Hollande , etc. Bulletin hist. et archéol. de Vaucluse. Avignon, 1879.

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