CHAPITRE HUITIÈME
lonne dans son lit comme un gave pyrénéen. Ce n’est plus un torrent ,c’est presque une chute d’eau, un enchevêtrement de « rapides » et de cascades qui s’entre-croisent, et dont les flots se brisent contre d’énormes rochers écroulés des falaises latérales. La vallée se ferme alors tout à coup. C'est bien, comme son nom l’indique, la cc vallée close », vallis clusa , Vaucluse. Une muraille s’élève à pic à une hauteur de 200 mètres, flanquée de contreforts inaccessibles, dessinant une sorte de cirque, une immense chambre aux parois calcaires et dénudées, dont la crête supérieure, dentelée et déchirée, se découpe en créneaux sur le ciel. Çà et là contre l’énorme muraille, un trou béant, un nid d’aigle, un pin suspendu entre ciel et terre, cramponné par ses racines aux flancs du rocher. Au pied de la falaise s’ouvre un gouffre insondable. On dirait l’antre mystérieux de quelque redoutable divinité. C’est lai source, ou plutôt c’est le point d'émergence à l’air libre, le puissant vomitoire des masses d’eau emmagasinées dans la montagne, et dont le volume, la fraîcheur, la limpidité, le mouvement tumultueux, les vagues écumantes, la poussière lumineuse et irisée ont été si souvent chantés par les poètes, décrits par les géographes, reproduits par les artistes, admirés par tous.
Le débit de la fontaine de Vaucluse est très variable.
Dans la saison des pluies, après de forts orages, la masse des eaux vomies par la grotte comme par un robinet monstrueux atteint jusqu'à 120 mètres cubes à la seconde; mais c’est un extrême maximum. La Sorgues prend alors l’importance d’un petit fleuve. Dans ces conditions do débit, à certaines heures du jour, le soir surtout, le spectacle est une véritable féerie de la nature. Le torrent en entier disparaît sous l’écume, et la gorge de la montagne est elle-même noyée dans une poussière d’eau à travers laquelle les rayons du soleil développent une multitude d’arcs-en-ciel entre-croisés.
En temps ordinaire, le débit est beaucoup plus modeste; et lorsqu’il descend à 22 mètres cubes par seconde, le niveau de la
source cesse d'affleurer le seuil du déversoir. La fontaine ne s’épanche plus alors à l’extérieur. La cascade est à sec; mais les sources toujours très abondantes qui surgissent au pied de la falaise continuent à alimenter la rivière de la Sorgues, qui reprend bientôt après son régime torrentiel. Les eaux peuvent s’abaisser ainsi graduellement dans la grotte, où elles forment une nappe tranquille et d’une pureté parfaite. Celte limpidité de l’eau est telle qu’on a pu quelquefois, à l’époque des plus bas étiages, distinguer très nettement le contour intérieur de l’hémicycle noyé et apercevoir môme dans le fond de la vasque une sombre ouverture qui marque le couloir d’amenée. La Sorgues, malgré son faible parcours, est donc une véritable rivière, égale au point de vue hydraulique, supérieure môme à un grand nombre de cours d’eau de la France d’un très long développement. Son débit, à ses différents états, est : à l’étiage extrême, d’un peu plus de 5 mètres cubes par seconde; — aux étiages ordinaires, de 8 mètres cubes; — en temps normal, de 15 à 20 mètres cubes; — pendant le© grandes crues, de plus de 100 mètres cubes.
Le bassin alimentaire de la Fontaine de Vaucluse peut avoir une superficie de 160,000 hectares environ. D’après les relevés météorologiques de ces dernières années, la hauteur moyenne de l’eau de pluie tombée dans la région varie de 60 à 80 centimètres par an. C’est donc une masse annuelle de 960 à 1,280 millions de mètres cubes qui tombe sur le bassin alimentaire de Vaucluse comme sur une immense éponge percée de larges et de nombreuses cellules. Une certaine partie de cette eau météorique s’évapore à la surface ou s’écoule dans les ravins qui sillonnent le pays. Mais l’éponge s’imbibe toujours; les crevasses se remplissent; et l’énorme masse néocomienne de la montagne, agissant comme un filtre, entretient dans le sous-sol un approvisionnement d’eau limpide, qui assure }a continuité du débit de la Fontaine môme après des sécheresses prolongées.
Le volume moyen de la Fontaine de Vaucluse est de 15 à 20 mètres cubes par seconde, soit de 500 à 650 millions de mètre9 cubes par an. C’est, on le voit, à peu près la moitié de la quantité d’eau