‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 119 sur 209 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

météorique tombée sur toute l’étendue de son bassin alimentaire; l’autre moitié est perdue par l’évaporation ou entraînée superficiellement dans les ravins et les torrents.

Ces évaluations ne peuvent être, bien entendu, qu’approximatives; et il faut sans doute laisser une certaine marge pour les erreurs d’observations, et surtout pour la détermination exacte des limites du bassin alimentaire; mais cependant il y a uqe proportion très rationnelle entre la quantité d’eau tombée sur ce bassin et celle qui s’écoule par son orifice le plus bas, la Fontaine de Vaucluse, véritable bonde de fond de l'immense réservoir. 11 est donc très probable que ces chiffres ne sont pas trës éloignés de la réalité.

Malgré le silence des historiens et des géographes de l'époque classique, on ne saurait douter que la fontaine de Vaucluse n’ait été, bien avant l’occupation romaine, connue, visitée et surtout honorée de la part de6 populations primitives, celtiques ou gauloises. Pline est le seul auteur de l’antiquité qui en fasse mention. Il l’appelle la « noble Fontaine » et lui donne le nom d'Orge ou Orige , qui a une physionomie gauloise assez prononcée; mais il est probable qu’une omission de copiste a fait disparaître la première lettre du mot, qu’il faudrait lire alors (. S)orge ou ( S)orige; et sous cette forme on reconnaît tout de suite la rivière de Vaucluse. C’est le Snhjas , SouXyoç de Strabon, la Sorgia des chartes latines, le Sorgo de l’idiome provençal, la Sorgues de notre langage moderne.

Cette noble Fontaine, dont la gorge, aujoifrd’hui très abrupte, était autrefois tout à fait boisée, avait certainement un débit plus régulier que de nos jours, et devait être l’objet d’une véritable adoration. Les religions des peuples primitifs de la Gaule ne reposaient pas sur des vérités étemelles et morales, mais sur des

superstitions toutes locales, et n’étaient le plus souvent que la traduction par un culte extérieur des impressions d’admiration ou d’effroi produites par les différents spectacles de la nature. Les montagnes, les mers, les rivières, les forêts, les champs, étaient divinisés. Ce fétichisme naturaliste, qui s’étendait à tout, s’est conservé très longtemps, grâce à la tolérance et même à la protection de l’administration romaine, vivant côte à côte avec le polythéisme classique et solennel et la religion oflicielle de l’empire.

Les rivières et les sources étaient tout particulièrement considérées comme des divinités aimables et bienfaisantes, et la plupart des types mythologiques qui nous en ont conservé le souvenir et les traits sur des monnaies ou des bas-reliefs, revêtent les formes gracieuses de naïades, de nymphes, de génies jeunes, beaux et bons. « Les sources des fleuves, disait Sénèque, nous inspirent de la vénération et méritent qu’on leur dresse des autels. » Ces autels, ces témoignages d’adoration et de reconnaissance se retrouvent parfont.

L’hommage à la divinité topique d’une source comportait toujours l’offrande d’une pièce de monnaie en or, en argent, le plus souvent en bronze, que l’on jetait dans le creux de la fontaine. Les sondages exécutés dans les bassins de presque toutes les sources thermales, qui étalent, comme on le sait, connues et fréquentées de toute antiquité, ont ainsi permis de recueillir de précieuses collections de monnaies.

On en a retrouvé un peu partout dans la vieille Celtique.

D’une manière générale, partout où l’eau apparaissait par la force même de la nature où elle avait, comme disait le droit romain, une « cause perpétuelle », on reconnaissait une divinité particulière, un numen, un genius qu’on honorait d’un culte spécial. A côté de toutes les sources se trouvaient presque toujours un bois sacré, un autel, un temple; et bientôt après se groupèrent des habitations qui devinrent souvent de grandes villes. Il était donc naturel, dans le Midi de la Gaule surtout, sous un soleil ardent et toujours pur, que les populations primi-

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