CHAPITRE NEUVIÈME
coulaient sous leurs murs, l’Ouvèze, le Caulon, l’Araïs, aujourd’hui l’Eygues; Avignon était baigné par le fleuve par excellence, la grande eau, Aven.
Les relations des Phéniciens et des Grecs de Marseille avec les populations celto-ligures qui occupaient la vallée étaient constantes. Non seulement l’empire de la mer leur appartenait, mais leurs navires remontaient très haut le cours du Rhône et même de la Saône. En échange des denrées agricoles et des produits locaux, ils apportaient les trésors de leur riche industrie, leur civilisation et leur mélodieux langage; ils prenaient ainsi pied peu à peu dans toutes les villes barbares où leur marine pouvait aborder; ils y eurent bientôt des établissements fixes; de nomades ils devenaient sédentaires; et l’élément grec s’était tellement substitué à l’élément celtique que, cent vingt ans avant Jésus-Christ, les villes d’Avignon et de Cavaillon étaient considérées comme des colonies grecques et appelées des « villes de Massalia ».
De celte époque gréco-barbare pendant laquelle la ville d’Avignon entretenait des relations avec les Phéniciens et les Grecs de Marseille, il n’est resté d’autres souvenirs qu’un nombre assez considérable de médailles et de monnaies et quelques inscriptions.
Le burg cavare a entièrement disparu, et les débris de gros blocs informes que l’on a pu rencontrer dans quelques fouilles à la partie supérieure de la ville ne peuvent jeter qu’une lumière douteuse sur ce passé évanoui. Tout au plus peut-on considérer comme certain que la terrasse du rocher, véritable caslrum naturel, constituait dans le principe le réduit de la ville barbare, et qu’elle fut entourée de très bonne heure d’un mur d’escarpe. Le mur défensif de ce petit oppidum, dans lequel les habitants pouvaient se réfugier au jour du danger, devait être construit suivant la méthode celtique en terrassements et pierres sèches, dans l’épaisseur duquel des poutres entre-croisées de distancé en distance formaient un enchevêtrement des plus solides. La disposition naturelle des lieux, les escarpements de la roche, la plate-
AVIGNON
forme supérieure se prêtaient merveilleusement à ce mode de défense; et l’enceinte de cette acropole devait être à peu près inexpugnable. Quant au burg qui s’étendait au-dessous sur les pentes du rocher, il ne devait former, dans le principe, qu’un amas confus de huttes assez grossières; il se transforma peu à peu, au contact des Grecs massaliotes, en emporium d’une réelle importance. Des hangars et des habitations de pierre prirent la place des cabanes primitives. Ce fut un lieu de dépôt pour les marchandises qui descendaient ou remontaient le Rhône, et on reconnut alors la nécessité d’entourer la ville naissante d’une muraille de protection capable de résister à une surprise, sinon à une attaque prolongée.
On peut donc avec quelque vraisemblance imaginer qu’à l’époque gréco-barbare il existait à Avignon deux enceintes, l’une au sommet du rocher, grossière fortification construite selon les règles de l’époque et qui constituait l’oppidum, la citadelle, où la population pouvait se retirer en cas d’attaque et faire pendant un certain temps une défense sérieuse; l’autre, simple mur de clôture ou de protection, établie au pied des pentes qui descendaient jusqu’au Rhône. Cette dernière englobait à peu près la partie la plus élevée de la ville moderne, c’est-à-dire la place actuelle du palais des Papes et peut-être une partie de celle de l’Hôtel de ville et les quartiers de la Fusterie et du Limas, situés alors sur la berge du Rhône et môme tout à fait noyés par le fleuve dès que ses eaux commençaient à grossir ( Fuslerie , fustes , / ustis , bois, barque, bateau; Limas , limon, idiome prov.).
Le premier système régulier de fortification date en réalité de l’époque romaine; mais on ignore la date précise de la construction.
Il est cependant assez probable que, vers l’origine de notre ère,