‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 130 sur 209 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

la ville fut défendue par une enceine conlinue, et que cetto enceinte, dont il ne reste plus de traices aujourd’hui, partait du Rhône, au pied de l’escarpement Nord du rocher, décrivait une courbe à peu près elliptique assez allongée et se rattachait ensuite au rocher du côté du Sud, après avoir enveloppé toute la partie du coteau qui émergeait au-dessus des grandes inondations du Rhône et qui correspond à la zone insubmersible. de la ville moderne. Cette zone ne dépasse guère les sept plus anciennes églises d’Avignon, celles qu’on appelait autrefois les sept paroisses » : — la Madeleine, bâtie jadis sur les ruines d’une partie du cirque, et dont il ne reste qu’un massif de fondation qui supportait probablement le clocher de l’église; — Saint-Agricol; — Saint-Didier; — Notre-Dame-la-Principale, devenue depuis la chapelle des Pénitents Blancs; — Saint-Geniès, aujourd’hui la Bourse; — Saint-Pierre; — Saint-Symphorien enfin, qui n’existe plus depuis deux siècles, et qui laisse à peine voir quelques substructions d’origine romaine dans les caves d’une maison moderne. Ces sept églises sont greffées sur des soubassements antiques. Les traditions constantes d’Avignon veulent qu’elles aient remplacé des temples païens, et il n’y a rien là que de très vraisemblable et de conforme à ce qui existait presque partout. Cette trarteformation du temple païen en église chrétienne était, d’ailleurs, dans les premiers temps du christianisme, une règle à peu près absolue; et les fondateurs, la plupart inconnus, de nos premiers sanctuaires, suivaient d’instinct le précepte intelligent qui devait être formulé plus tard par saint Grégoire le Grand, recommandant de ne jamais détruire les temples des idoles, mais de les purifier en les appropriant au culte du vrai Dieu. Dans cet ordre d’idées, on était ainsi souvent conduit à mettre les temples restaurés sous le vocable des saints qui avaient quelques rapports extérieurs, quelque similitude de fonctions avec les fausses divinités dont ils prenaient la place. C’est ainsi qu’un grand nombre de temples de Mars furent dédiés un peu partout à saint Georges, le chef de la chevalerie terrestre, ou à saint Martin, le modeste soldat de l’empire. Saint Pierre, qui ouvre les portes du

AVIGNON

ciel, délrôna Mercure, le conducteur des âmes dans les Champs- Elysées. Le Panthéon de Rome, qui a été longtemps l’église de tous les saints, était autrefois le temple de tous les dieux. De môme, au pied de l’acropole d’Athènes, le temple d’Esculape a été changé en sanctuaire consacré à saint Côme et à saint Damien, tous deux médecins; et la Vierge Marie fut plus tard honorée dans cet admirable Parthénon que la Grèce avait élevé à Minerve, la seule déesse chaste de la mythologie païenne, et dont le riom, comme celui de son temple, est l’expression môme de la virginité (Parthénon, îcapôévoç, vierge; — Athéné, à’Wjvtj, à n(bivéw, je n’allaite pas).

Il est assez difficile d’avoir des notions un peu exactes sur le chiffre de la population romaine d’Avignon.

Un des éléments d’appréciation — peut-être le plus exact — est l’étude des dimensions et de la capacité des grands monuments publics destinés aux plaisirs de la foule, théâtres, amphithéâtre, cirque ou hippodrome. Sous l’empire, dans une ville romaine régulièrement constituée, ces monuments étaient une sorte de jauge de la population. Malheureusement à Avignon ils ont à peu près disparu, et n’ont laissé que des fragments de ruines insignifiantes.

Le meilleur élément pour évaluer la population romaine d’Avignon est donc la superficie de la ville ou le développement de son enceinte. Celle-ci avait la forme d’une ellipse très allongée et un développement de près 1,800 mètres. Rome, au temps de sa plus grande splendeur, avait une enceinte de 20 à 25 kilomètres de développement et une population d’un million et demi ou tout au plus de deux millions d’habitants. Nous avons vu qiie le périmètre de la ville romaine de Lyon mesurait de 4 à 5 kilomètres, et que sa population pouvait être évaluée à quatre^-vinjgt ou

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