CHAPITRE II
LE RHONE ALPESTRE ET LE VALAIS
Diverses étymologies du nom du fleuve : Rhoda , Rhodanutia, 'PoÔavoç, Rod-an , Eridanut. — Source du Rhône. — Glacier de la Furka, son aspect et ses abords. — Cascade de glace. — Source thermale du Rhône. — Oscillations du glacier actuel. — Glaciers alimentaires du bassin du Rhône; leur nombre, leur superficie, leur volume.
Profil en long et profil en travers de la gorge du Valais. — Cluses et seuils. — Villages valaisans. — Affluents latéraux du Rhône : La Massa, la Viège, la Dranse, etc. — Gorge du Trient. — La plaine d'alluvions entre Saint-Maurice et le Léman.
Régime torrentiel du Rhône et de ses affluents. — Action du fœhn sur la fusion des glaciers. — Inondations du Valais. — « Correction » du Rhône.
Éboulement des montagnes. — Écroulement de la Dent du Midi. — Avalanches de rochers.
La ville et le monastère de Saint-Maurice d’Agaune. — La légion thébéenne. — L’abbaye de Tamaïas ; son ancienne opulence ; sa décadence. — État actuel.
On ne connaît rien ou à peu près rien de précis sur l’origine du nom de Rhône. On sait cependant qu’il existait, il y a deux mille cinq cents ans environ, sur la partie du littoral de la Méditerranée comprise entre Marseille et Barcelone, deux colonies grecques qui portaient les noms de Rhoda et de Rhodanusia.
La première, Rhoda , Rhode ou Rhodos , paraît avoir été fondée par les Rhodiens chassés de Sicile vers l’an 578 avant J.-C. Elle occupait la position de la ville même de Rosas, située un peu au delà des Pyrénées, au fond du golfe du même nom. La petite échancrure de Rosas est commandée au Nord par le cap de Creux, dont la saillie marque la frontière franco-espagnole. La colonie grecque de Rhoda, ainsi située en dehors des limites de la
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Gaule, de l’autre côté de la chaîne ibéro-gallique, ne pouvait avoir aucune relation directe et continue avec la vallée du Rhône.
Celle de Rhodanusia , au contraire, était dans l’estuaire même du fleuve. Scymnus de Chio dit que l’un de ses bras la traversait; ce devait être vraisemblablement le plus occidental, celui qui se déversait par l’embouchure que Pline appelait la « bouche espagnole », os hispaniense. Sur l’emplacement de Rhodanusia s’éleva plus tard la petite ville de Saint-Gilles du Gard, aujourd’hui presque morte, et qui fut, pendant tout le moyen âge, l’un des ports les plus vivants et les plus prospères dans l’intérieur de la lagune du Rhône.
Les Phéniciens furent les fondateurs de Rhodanusia comme ils l’avaient été de Marseille; mais la petite colonie n’existait déjà plus du temps de Pline, qui semble même la confondre avec son homonyme Rhoda de l’Ibérie et en attribuer également la fondation aux Rhodiens.
Quoi qu’il en soit, il y a une corrélation étroite entre le Rhône et la ville maritime de Rhodanusia. Le port et le fleuve portaient le même nom; ils le tenaient incontestablement l’un de l’autre, et ce nom devait avoir une commune origine.
On a dit souvent que le nom de Rhodanus avait été attribué au fleuve par les Massaliotes pour exprimer la rapidité de son cours. C’était le fleuve impétueux par excellence; et quelques étymologistes ont même cru devoir inventer le mot grec ^oWvoç, « rapide », qui n’existe dans aucun dictionnaire, et qu’ils font naturellement dériver de £&>, « couler, rouler. » Il convient de faire à ce sujet quelques réserves prudentes.
C’est sur la croupe Sud-Ouest du Saint-Gothard, dans une gorge dénudée et sauvage, que naît la source du Rhône. Mais les anciens ne semblent pas l’avoir exactement connue, et elle n’est mentionnée dans les textes classiques que d’une manière assez vague.
Comme tous les grands fleuves alpins, le Rhône naît d’un glacier. Ce réservoir suspendu au col de la Furka est appelé tantôt