‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 131 sur 209 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

cent mille âmes. La population probable d’Avignon, dont l’enceinle avait à peine 2 kilomètres de tour ne devait donc pas dépasser aux premiers siècles de notre ère, vingt-cinq à trente mille âmes.

Aucune ville n’a plus souffert qu’Avignon des invasions de la première moitié du moyen âge. Placée sur la route môme des Barbares qui, pendant cinq siècles, n’ont cessé de descendre et de remonter la vallée du Rhône, elle n’a pour ainsi dire, manqué aucune de leurs visites et entre temps était livrée à la pire anarchie. Burgondes, Visigoths, Ostrogotlis, Lombards, Saxons, Francks, Sarrasins ont passé à plusieurs reprises par Avignon et l’ont tour à tour assiégée, pillée et ensanglantée. Tout, absolument tout ce qui datait de l’époque gallo-romaine a été détruit ou brûlé; et ce n’est qu’en étudiant quelques substructions et quelques débris mutilés, très épars du reste et môme quelquefois douteux, qu’on peut chercher à reconstituer à peu près la ville antique.

Avignon était une des stations principales de la grande voie romaine d’Agrippa, qui partait de Lyon, suivait la rive gauche du Rhône et se soudait à Arles à la voie Aurélienne. Il est à peu près certain que cette route traversait Avignon de part en part et qu’elle occupait à peu près l’emplacement de la rue actuelle de la Carrelterie. Elle pénétrait dans la ville par une porte qui s’ouvrait du côté de Lyon; c’était la porte du Nord ou des Gaules, porta Galliarnm. La voie romaine allait ainsi jusqu’au forum, qui occupait très certainement l’assiette môme de la place moderne de l’Horloge. Mais elle se retournait presque à angle droit un peu avant d’arriver au forum; et elle sortait de la ville à peu de distance du temple qui a été remplacé par l’église Saint-Didier. C’est là que se trouvait la porte romaine, porta romana . Elle continuait ensuite jusqu’à Arles, en longeant à peu près la rive gauche du Rhône. La porte romaine était probablement la plus importante et la plus fréquentée de la ville; et l’avenue qui la précédait était en conséquence jalonnée de tombeaux. C’était le

AVIGNON

Cnmpo Santo antique, qui est resté jusqu’aux temps modernes, l’un des cimetières d’Avignon, celui des pauvres, où par humilité voulut être inhumé saint Pierre de Luxembourg, et dont le quartier actuel des « Corps saints » marque à peu près la place et a conservé le souvenir.

Une seconde route se. détachait dans l’intérieur de la ville de la voie d’Agrippa, suivait à peu près le tracé de la rue moderne des Marchands et traversait le forum. Elle se bifurquait ensuite; et l’accès au fleuve avait lieu très probablement par deux portes : l’une, à peu près sur l’emplacement de l’ancienne porte Ferruce du moyen âge, qui a été remplacée presque au même endroit par la porte du Rhône; l’autre, située près du temple antique qui est devenu l’église Saint-Agricol. Les deux portes donnaient sur le port; on les appelait poriæ aquariæ, et leur nom s’est conservé pendant une partie du moyen âge. Les bateaux romains venaient ainsi stationner dans la partie du fleuve comprise entre la grande arche de rive du pont Saint-Bénézet et la première travée du pont suspendu.

L’enceinte qui séparait la berge indécise du fleuve de la ville submersible était elle-même renforcée par la citadelle établie sur le rocher; et cette double fortification, qui s’est conservée presque intégralement pendant la première partie du moyen âge, alors que tous les monuments intérieurs étaient dégradés par les Barbares, constituait une position défensive de premier ordre. Clovis tenta en vain de l’enlever aux Burgpndes, et ce ne fut que plus tard qu’elle reçut la visite des Francks. Occupée ensuite par les Sarrasins, elle fut de la part de Charles-Martel l’objet de sièges terribles.. Prise et saccagée trois fois, à moitié détruite et incendiée, la florissante cité dont les chroniqueurs du temps vantaient la force et la richesse, castrum Auenione munenlissimum , fut sur le point de disparaître; et c’est de cette période sanglante de son histoire, dont la rue « Rouge » a conservé le tragique souvenir, que date la ruine complète de tous les monuments de l’époque gallo^oinaine.

Après la, chute de l’empire, Avignon passa par toutes sortes de

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