CHAPITRE NEUVIÈME
crises; et rien de moins stable que les divers gouvernements qu’elle se donna ou qu’elle subit. Une ère d’apaisement succéda à cette tempête. La ville fît d’abord partie du royaume d’Italie, puis du royaume de Provence. Englobée bientôt après dans le royaume de Bourgogne, ballottée ensuite pendant près de deux siècles entre les comtes de Toulouse, de Provence et de Forçaiquier, fatiguée de la domination de tous les seigneurs qui l’exploitaient au profit de leurs ambitions et de leurs rivalités personnelles, et des clercs indignes qui abusaient de leurs charges ecclésiastiques, Avignon, qui avait renoué des relations commerciales avec ses voisins de Marseille, voulut s’affranchir de tous ses maîtres passagers et arbitraires, et ne trouva rien de mieux que de se mettre en république. Singulière république d’ailleurs où le peuple ne prenait presque aucune part au gouvernement, administrée par quatre consuls, des podestats et des évêques qui ne purent jamais s’entendre, qui faisait hommage de sa liberté naissante à l’empereur d T Allemagne et plaçait l’aigle impériale dans ses armes. La ville prospérait cependant. Le Commerce était actif. L’industrie se développait. Les anciens remparts, très ébréchés, n’avaient pas été réparés, et leur développement ne permettait pas de contenir la population toujours croissante. De nombreuses constructions ô’étaient élevées à l’extérieur; et on dut alors établir tout d’une pièce une nouvelle enceinte à peu près circulaire, d’un périmètre beaucoup plus considérable, flanquée de tours et convenablement appropriée à la situation nouvelle.
Celte enceinte de la République peut être reconstituée aujourd’hui d’une manière parfaitement exacte. Elle avait un développement de 2,400 mètres environ. Elle était percée de dix portes : — la porte « Ferruce », à l’extrémité de la rue actuelle, qui porte toujours le même nom; — la porte Aquaria , qui a conservé aussi le nom de l’ancienne porte romaine et se trouvait presque sur le même emplacement, près de l’église Saint-Agricol; — les portes « Bianson » et « Evêque », vis-à-vis des rues qui portent aussi les memes désignations; — la porte du « Pont-Rompu », près de la place des Corps-Saints, et qui correspondait par con-
AVIGNON
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séquent à l’ancienne porta romana de l’enceinle romaine; — le* portail « Mayannen », porta magna , vis-à-vis de la rue du mémo nom; — le portail « Peint », Portale Pictum , au point où la Sorguette entrait dans la ville, vis-à-vis de la rue des Teinturiers; — 1 le portail « Matheron », situé au milieu de la rue Carretterie, et qui correspondait à l’ancienne porta Galliarum de l’époque gallon romaine; — la porte « Àurouze », à la jonction des rues Campane et des Trois-Colombes; — la dernière enfin, la porte du « Bois » ou de la « Ligne » ( Lignum , anc. prov., bois), où se tenaient lee charpentiers et les mariniers, et qui a conservé le même nom et à peu près le même emplacement.
A l’intérieur, la ville n’était pas moins bien fortifiée; et plusieurs quartiers étaient eux-mêmes ceinturés et défendus comme de véritables forteresses. Plus de trois cents maisons étaient crénelées et tourelées. Mécontents de la perte de leurs privilèges, les nobles qui s’y étaient retranchés étaient en perpétuel désaccord avec les consuls, les évêques et le peuple, qui eux-mêmes étaient le plus souvent aigris et divisés entre eux. Les pouvoirs publics étaient mal définis, à chaque instant discutés et violentés. Malgré sa réelle prospérité commerciale et des relations extérieures très étendues, Avignon vivait dans une anarchie complète. La guerre civile y était à l’état permanent. Le désordre était partout, dans le gouvernement, dans les esprits, dans les familles, dans la rue.
Mais cet état ne pouvait longtemps durer, et la république avignonnaise disparut sans gloire en 1251. Avignon alors, comme une simple propriété, passa de main en main, par traité ou par héritage, en tout ou en partie. On la donnait, on la reprenait. Le roi de France, Philippe le Hardi, en cédant la moitié du Comlat au Saint-Siège, gardait pour lui la moitié de la ville. L’autre moitié appartenait au roi de Naples, qui était en même temps comte de Provence; et, de cession en cession, ces deux moitiés finirent par se trouver dans la main de Jeanne de Naples, qui les vendit au Pape.
L’histoire de la célèbre reine des Deux-Siciles lient à la fois