VIII
La critique moderne, systématiquement hostile aux traditions et à tout ce qui touche de près ou de loin au surnaturel et au merveilleux, considère la légende comme une simple allégorie, une fiction poétique et religieuse. Pour elle, la qualité de berger donnée à saint Bénézet indique qu’il était pasteur ou supérieur d’une maison de Frères hospitaliers ou de Frères constructeurs de ponts de la région du Midi. Son âge de douze ans représente le nombre d’années depuis lesquelles il était à la tête de cette maison. La voix de Jésus-Christ invisible, c’est l’inspiration qu’il eut de construire un pont à Avignon. Le troupeau de sa mère qu’il abandonne n’est autre chose que le troupeau de sa mère l’Eglise dont il était le gardien en sa qualité de moine. La pierre colossale qu’il charge sur ses épaules signifie que la foi transporte les montagnes, et que Bénézet a vaincu à lui tout seul des obstacles qu’un grand nombre d’hommes n’avaient pu surmonter avant lui, puisque aucun n’avait osé entreprendre la construction du fameux pont. Tous ses actes ont été symboliquement écrits suivant l’usage d’alors et dans le style imagé et allégorique des cncomiastes et des panégyristes du temps.
C’est passer évidemment d’un extrême à l’autre. Il convient sans doute de faire bien des restrictions; mais l’examen impartial des textes ne permet pas en effet de rejeter en bloc la tradition comme une légende absolument fantaisiste.
Le pont fut terminé en 1188. C’était une œuvre magistrale. Avignon était relié à la rive droite du Rhône au moyen de vingttrois arches, dont une sur le quai ou bas port, l outes ces arches affectaient la forme d’un arc de cercle surbaissé; elles avaient chacune exactement 100 pieds (32 m ,50) d’ouverture et reposaient sur des piles donl l’épaisseur variait de 23 à 25 pieds (7 m ,50 à 8 m ,10). Les voûtes étaient composées de quatre bandeaux dis-