‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 145 sur 209 · tome de pourpre pour triompher des scrupules d’une jeune fille · texte numérisé non relu

tome de pourpre pour triompher des scrupules d’une jeune fille

Ce ne sont là, sans doute, que des pamphlets; mais ils peuvent bien contenir un certain fond de vérité. La cour pontificale d’Avignon était certainement loin d’ôtre un modèle de vertu; et, sur cette terre de Provence, où tout tourne si vite à la fête et à la dissipation, la splendide maison des papes, qui offrait si libéralement aux poètes et aux artistes une somptueuse hospitalité, avait moins les apparences d’une maison religieuse que d’une cour d’amour.Les pontifes présidaient et jugeaient parfois de curieuses joutes littéraires. Dans les jardins qu’ils avaient merveilleusement suspendus au haut de leurs terrasses, dans les salles de leur palais, couvertes de peintures et meublées avec tout le luxe de l’époque, sous les ombrages des villas princières qu’ils s’étaient bâties sur les bords du Rhône et de la Durance, à Châteauneuf, à Noves, à Sorgues, ils donnaient des fêtes dont l’éclat surpassait celles de beaucoup de maisons souveraines.

Sans doute Jean XXII, qui était un ami fervent de l’étude, et Benoît XII un Cistercien assez rude et d’un grand sens pratique, furent beaucoup préoccupés de l’organisation du pouvoir pontifical sur la terre de France, de la construction et de la défense du palais apostolique, du soin surtout d’assurer à la papauté cette indépendance et ce prestige que donne la possession d’un immense trésor.

Tout autre fut Clément VI. Il était d’une grande famille et avait tous les goûts d’un gentilhomme. Il trouva la maison montée, et il en fit somptueusement et même galamment les honneurs. Il aimait, on doit le reconnaître, plus qu’il ne convenait certainement à un pape, la société des femmes. La belle vicomtesse de Turenne et la non moins belle comtesse de Périgord ont peutêtre fait dans ses appartements des séjours beaucoup trop prolongés; et l’on peut regretter de trouver dans sa cour et dans sa famille une liberté de mœurs que ses exemples et sa conduite personnelle l’empêchaient souvent de réprimer. Mais ces défauts

AVIGNON

de grand seigneur étaient rachetés par de charmantes qualités et de réelles vertus; et Ton ne saurait oublier sa conduite héroïque pendant la terrible peste qui enleva à Avignon plus du dixième de sa population, Tintelligence avec laquelle il organisa et dirigea les secours, la libérale protection qu’il accorda aux juifs traqués de toutes parts en Europe, ses efforts pour modérer les erreurs de l’Inquisition, sa bonté inépuisable et son exquise charité, qui répondaient si bien à la douceur de . son nom.

Ce fut en somme un très noble et très brillant pontife; et on ne peut pas s’empêcher de trouver bien sévères les critiques de Pétrarque envers celui qui fut son bienfaiteur et qui le traitait en ami. Le poète, d’ailleurs, qui était clerc et même secrétaire apostolique, amant attitré d’une femme mariée, père de deux enfants naturels, dont l’un, à l’âge de quatorze ans, obtenait, à sa demande, une dignité ecclésiastique, ce qui était, comme on le voit, parfaitement compatible avec, toutes les dissipations de la vie de cour, aurait pu avoir plus d’indulgence. Nul doute que les cardinaux et tous les familiers de la maison du pape né vécussent à peu près de la même façon, et, à leur exemple, tous ceux qui, de près ou de loin, touchaient à cette cour brillante et frivole, amie surtout du luxe, du bruit et du plaisir; et l’on peut citer, comme trait caractéristique du temps, le testament de l’un des princes de l’Eglise, le cardinal Arnaud de Via, neveu du pape, fondateur de la collégiale de Villeneuve-lez-Avignon, où l’on trouve des regrets, des souvenirs et des legs fort profanes. C’étaient, en somme, les mœurs de l’époque et personne ne songeait alors à s’en offusquer.

Cinq siècles ont passé. Le temps a tout amoindri, appauvri et rapetissé. Mais Avignon semble avoir gardé quelque chose de l’élégance et de la galanterie de sa belle époque. Hérissée de flèches et de tours, entourée de murailles crénelées, couronnée par son formidable château, la vieille résidence des papes a tout d’abord une apparence de ville sainte et guerrière. L’intérieur de la ville répond même assez à cette sévérité extérieure : rues

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