CHAPITRE DIXIÈME
Une seconde branche assez importante, appelée au moyen âge la Duransole, passait entre Rognonas et Château-Renard, traversait les territoires de Graveson et de Maillane, doublait le promontoire est des Alpines où se trouvait la ville d'Ernaginum (Saint-Gabriel) et jetait ses eaux dans les étangs d'Arles.
Il est intéressant de remarquer que le nom des localités situées dans cette vallée de la basse Durance rappelle assez bien l’ancien état des lieux et leur fertilité séculaire. Graveson était établi sur un sol de « gravier » charrié par les inondations de la rivière et déposé sur ses bords. Le territoire de Rognonas était autrefois ' divisé en plusieurs îles par les divers bras de la Durance; et c’est le dessèchement de quelques-uns de ces bras qui a produit la plaine grasse et fertile dont l’étymologie est facile à retrouver (i rognonas , gras, terre grasse, idiome provençal). La station romaine de Bellinto , Barbentane, établie sur la route d’Arles à Lyon était une grande île au milieu de la Durance, insula Barbentina , et cette île n’a été reliée que beaucoup plus tard à la terre ferme sur la rive gauche.
Il en a été de môme du Rhône. Un nombre indéfini d’îles de toutes dimensions était échelonné le long de son cours sinueux; et l’on peut voir, sur les cartes, les larges sillons de tous ces bras qu’on appelait autrefois des Rhônes , des Durances , et qui sont aujourd’hui atterris et conquis par l’agriculture. Quelques-uns de ces anciens lits ont pu être utilisés quelquefois comme canaux d’arrosage et de dessèchement. Ce sont les Rhônes-Morts f les Roubines , le Vigueirat , la Duransole , etc.
Le Gardon, qui débouche sur la rive droite du Rhône, à 2 kilomètres en aval de la Durance, donne aussi naissance à un petit archipel d’îles et~de bas-fonds, dont le nombre et la forme varient sans cesse sous nos yeux. L’état des lieux se modifie presque à chaque grande crue. Les méandres du Gardon se mêlent à ceux du Rhône; les lônes, les brassières , les bras morts des deux cours d’eau s’enchevêtrent. Le village de Comps, situé en plein champ d’inondation, à l’embouchure d’un des bras du Gardon, est submergé dès que les eaux s’élèvent à 3 ou 4 mètres.
LA RÉGION D'ARLES
De l’autre côté du Rhône, vis-à-vis de Comps, le village de Vallabrègue et une partie de son territoire ont été longtemps dans une situation tout à fait instable. Ils se trouvaient autrefois sur la rive droite du fleuve; ils ont formé ensuite, pendant de longues années, une île assez nettement déterminée. Ils se trouvent aujourd’hui sur la rive gauche; et sans les travaux de régularisation du Rhône et les digues submersibles qui ont fixé son lit majeur, on pourrait s’attendre d’un jour à l’autre à les voir se détacher de nouveau de la rive gauche, et se souder, au moins d’une manière temporaire, sur la rive droite dont ils ont fait longtemps partie.
Le Rhône et le Gardon réunis ont ainsi divagué à plusieurs reprises sur 2 ou 3 kilomètres de longueur, corrodant indifféremment l’une des deux rives, atterrissant l’autre, se frayant de nouveaux lits pour écouler le trop-plein de leurs eaux d’inondation.
L’ancienne ville de Tarascon, qui a été dans le principe un comptoir de Massaliotes, était autrefois entourée de tous côtés par les eaux du fleuve. Il existait alors, vis-à-vis de Beaucaire, Ugernum , une île considérable, qui a été successivement appelée Ugenica , Ugernia , Gernica. C’était Vile Gernique.
Les deux petites villes de Tarascon et de Beaucaire qui se font face ont conservé chacune leurs châteaux, souvenirs d’un temps qui ne fut pas sans gloire et surtout sans gaieté et sans bruit : l’un, dernier séjour du roi Louis IX avant son départ pour la Terre Sainte, se profile élégamment sur une colline boisée de pins; l’autre, massive forteresse, baignée par le Rhône, rappelle, malgré sa rude architecture, la paisible souveraineté du roi René, les fêtes poétiques de la Provence et les charmantes folies des cours d’amour.
. Tout ce passé s’est évânoui. Beaucaire avait cependant conservé jusqu’à ces derniers temps une sérieuse importance com-