‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 152 sur 209 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

entre son fleuve et sa mer intérieure, Arles avait, en effet, deux ports, comme elle avait deux villes : — sur la rive gauche du Rhône, la ville officielle et patricienne; — sur la rive droite, la ville des gens d’affaires, des mariniers et du peuple.

« Arles, s’écriait le poète Ausone au quatrième siècle, Rome des Gaules, toi qui es double, ouvre tes ports hospitaliers (1). »

La mer, d’ailleurs, était beaucoup plus rapprochée d’Arles à l’origine de notre ère qu’elle l’est aujourd’hui; et c’est la loi de tous les fleuves qui débouchent dans une mer inerte et sans marée d’avancer toujours vers le large et de prolonger sans cesse les musoirs de leur embouchure. Nous avons vu que le Rhône, grossi de la Durance, charrie 17 millions de mètres cubes de vase, de limon et de boue. Il est sans doute difficile de savoir si cette masse de sédiments est toujours la même depuis l’origine des siècles, quelle est la fraction de ces apports qui est entraînée au large et va se perdre en mer, et celle qui reste définitivement attachée au continent. Toutefois, on peut très bien admettre, sans erreur sensible, que le tiers de ces matières minérales, le quart au moins, est annuellement soudé à la terre et doit finalement se retrouver sous forme de flèches de sables, de cordons littoraux, d’exhaussements de berges, de comblements de marais et d’avancements en mer.

Le Rhône nourrit donc la côte, la développe, l’exhausse, l’avance; et 4 millions de mètres cubes au moins s’ajoutent chaque année à la masse du delta. En les supposant répandus et nivelés sur une épaisseur moyenne d’un mètre, on voit que c’est environ 400 hectares qui représentent, depuis l’origine de notre période actuelle, le taux normal d’accroissement de la grande plaine maritime d’Arles. Tel est le gain annuel de la terre sur la mer.

Il est dès lors facile, en procédant en sens inverse et en remontant le cours des âges, de reconstituer l’ancienne lagune d’Arles.

Pende duplex Arelale, tuos, b l and a hotpita, portas .

G al lu la Roma, Are las...

(Acsoï», De clar . urb.)

LA RÉGION D'ARLES

Il suffit, en effet, de faire, pour ainsi dire, un déblai rétrospectif; il faut enlever, par la pensée, 4 millions de mètres cubes par an au territoire actuel, et l’on aura ainsi un aperçu de la situation respective, à différentes époques, de la mer et de la terre, du fleuve et des étangs.

Il est cependant à peu près impossible de dire à quelle distance exacte de la ville d’Arles se trouvait la mer aux différentes époque de l’histoire. Elle s’en éloigne tous les jours, depuis l’origine de notre époque géologique; et l’on comprend, dès lors, très bien la valeur des expressions employées par les géographes classiques et même les chroniqueurs du moyen âge. Festus Avienus dit que la ville se trouvait à l’embouchure sablonneuse du Rhône dans le voisinage de la mer. Ausone la dépeint baignée de toutes parts par les eaux du Rhône et des étangs.

L’Anonyme grec, qui écrivait sous le règne des empereurs Constance II et Constant, c’est-à-dire au quatrième siècle de notre ère, dit en propres termes qu’elle était « située sur la mer ». « Le Rhône fougueux, écrivait Ammien Marcellin à peu près à la même époque, se jette dans la mer des Gaules par une large embouchure, dans le fond d’un golfe, à 18 milles de distance d’Arles. » Ce serait à peine 27 kilomètres; il y en a aujourd’hui plus de cinquante.

L’empereur Honorais, enfin, en désignant, en l’an 418, la ville d’Arles comme le lieu de réunion des sept provinces des Gaules, motivait son choix par l’excellence de sa position maritime. « C’est là, peut-on lire dans le texte de l’édit impérial que les eaux du Rhône se mêlent à celles de la mer Tyrhénienne, decursus Rhodani et Tyrrheni recursus. »

Les témoignages les plus autorisés (Strabon, César, etc.) ne nous permettent pas de mettre en doute qu’à l’époque de la guerre

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