CHAPITRE DIXIÈME
en augmentant chaque jour son importance commerciale, elle avait cessé d’être exclusivement marchande pour devenir patricienne et opulente, digne d’être comparée à Rome elle-même, Gallula Roma Arelas.
Malgré le Rhône et les étangs qui l’entouraient de toutes parts, le plateau d’Arles était cependant assez mal pourvu d’eau; et, avec l’aspect d’une ville noyée, la colonie romaine manqua un peu, pendant un certain temps, de cet élément de richesse, qui fut et est encore une des merveilles de Rome, et qui est peut-être le plus grand luxe des villes civilisées .
Tout comme Rome, Arles fut dotée d’une magnifique canalisation. Ce fut Constantin qui la lui donna. Les plus belles eaux de la région sont celles qui naissent au pied de la chaîne des Alpines, soit sur le versant Nord, dans la vallée de la Durance, soit sur le versant Sud, dans la plaine des Baux; et deux aqueducs, distincts à leur origine, puis réunis en un seul, amenèrent rapidement ces eaux excellentes.
Les eaux de la célèbre Fontaine de Vaucluse furent aussi mises à contribution et l’on a retrouvé les restes de l’aqueduc antique sur la rive gauche de la Sorgues. Le canal traversait en galerie souterraine la montagne, et on a de tout temps désigné les ruines de ce canal, encore très apparentes près de la Fontaine de Vaucluse, sous le nom de « canal d’Arles ».
Toutes ces eaux arrivaient à Arles au point culminant du plateau, entouraient l’amphithéâtre sans y pénétrer, inondaient les thermes et la naumachie, et, après avoir alimenté la ville supérieure, se rendaient au palais de l’empereur sur la rive gauche du Rhône. Des tuyaux en plomb traversaient alors en siphon le grand bras du fleuve; et le faubourg populeux de Trinquetaille, déjà relié à la cité patricienne par un pont en charpente, dont on voit encore les amorces des culées en pierre sur les deux rives, participait largement au bienfait de la canalisation.
LA RÉGION D'ARLES
L’apogée de la ville d'Arles a été au quatrième siècle sous la domination des Conslanlins.
Lorsque l’impératrice Fausta, femme de Constantin le Grand, fut sur le point de donner un héritier à l’empire, elle reçut de son époux et maître l’ordre de se rendre à son palais d’Arles. La « Rome gauloise », Gallula Roma , comme elle s’appelait orgueilleusement, jouissait depuis près d’un siècle de toutes les faveurs impériales. C’était la véritable capitale de cette seconde Italie qu’on appelait la province par excellence, Provincia , et qui depuis dix-huit siècles a conservé ce nom de choix. C’est la Provence moderne.
Mais cette province, malgré son nom latin, était une terre plutôt grecque que romaine. Nous avons vu que sept à huit cents ans avant notre ère, les Phéniciens qui fréquentaient tous les petits ports de la Méditerranée avaient établi un de leurs comptoirs à Marseille, et que, cent cinquante ou deux cents ans après, des Grecs, chassés d’Ionie vinrent renforcer cette colonie naissante, substituant ainsi peu à peu l’élément grec à l’élément phénicien.
Une légende poétique, devenue presque classique à force d’avoir été reproduite par les historiens et les géographes de tous les temps, raconte que, dans la première année de la quarantecinquième olympiade (an de Rome 154, — 599 ans avant J.-C.), une flottille grecque partit du port de Phocée, l’une des douze villes ioniennes de l’Asie Mineure, sous la conduite d’un aventurier du nom d’Eiimène ou de Protis, et vint aborder dans le petit fiord naturel où devait s'élever plus tard l’opulente Massalia. La première préoccupation des nouveaux débarqués fut de se placer sous la protection de la tribu indigène des Ségobriges, qui faisait partie du groupe des Salyens; et ils ne trouvèrent rien de mieux