‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 157 sur 209 · CHAPITRE DIXIÉME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÉME

Deux natures de documents peuvent donner l’importance de Thellénisation de la Provence en général et de la région d’Arles en particulier. Ce sont les inscriptions et les monnaies.

La monnaie est sans contredit l'une des manifestations les mieux déterminées et les plus durables de l’individualité d'une race ou d’une nation.

Tout le monde connaît les monnaies grecques de la région du bas Rhône. On les a collectionnées par milliers, et elles n'ont plus aujourd’hui d’autre valeur que celle du métal lui-même. Cette quantité vraiment prodigieuse n’a rien qui doive surprendre, si l'on observe, d’une part, que les négociants massaliotes entretenaient des relations d’affaires très fréquentes avec les villes échelonnées sur le fleuve, et que, de l’autre, ils faisaient exploiter les riches minerais de plomb argentifère de l'Espagne et des Pyrénées-Orientales.

Quelques-unes de ces monnaies représentent un ours à micorps qui semble dévorer une proie, et remontent à près de 500 ans avant Jésus-Christ. D’autres, sur lesquelles on distingue deux têtes de lion ou de griffon, sont un peu plus récentes, et paraissent du troisième ou du quatrième siècle. Mais les plus belles et les plus nombreuses, celles qui caractérisent d’une manière toute particulière le monnayage massaliote, sont les médailles d’argent et de cuivre aux types de Diane et d’Apollon, et dont les revers portent l’image d’un lion ou celle d’un taureau.

Les monnaies grecques se divisaient en deux grandes classes très distinctes : les monnaies d’argent et les monnaies de bronze. Il n’y avait pas ou presque pas de monnaies d’or. Toutes sont frappées au marteau des deux côtés, non fondues, et ont en général sur le revers une légende en caractères grecs. Dn grand nombre de monnaies d’argent sont même des pièces fausses; et

LA RÉGION D'ARLES

Tari de « fourrer » les monnaies, c’est-à-dire de recouvrir d’une feuille d’argent des médailles de cuivre, était arrivé à un haut degré de perfection. Le faux monnayage était donc très répandu, ce qui indique une civilisation très avancée et une grande pratique du commerce.

Les monnaies d’argent sont presque toutes au type de Diane d’Ephèse. Le profil est toujours pur. La coiffure est très variée; les cheveux sont tour à tour noués avec des rubans, tressés avec beaucoup d’art, déroulés en boucles négligées, ou couronnés de feuilles d’olivier avec leurs baies, le plus souvent relevés au dessus de la tête et maintenus par un diadème. Le cou et lès oreilles portent, en général, des colliers et des anneaux à un ou plusieurs pendants. Derrière la nuque on voit le carquois et les flèches de laj déesse. Le lion du revers est passant; il semble marcher au combat, la crinière hérissée, la gueule ouverte, l’une des pattes de devant levée, dans une attitude pleine de force et de noblesse. C’est toujours de ce côté que se trouve la légende, qui porte quelquefois tout au long le nom des Marseillais en caractères grecs, MÂ22AAIHTQN, et plus souvent l’abréviation, MA22A.

Les médailles de bronze sont au type d’Apollon de Delphes, représenté sous la figure d’un beau jeune homme aux cheveux bouclés et couronnés de laurier. Le revers, qui porte en légende les mêmes lettres que les monnaies d’argent, est caractérisé par un taureau d’une grande finesse d’exécution et que les numismates désignent sous le nom de taureau comupète (qui cherche à frapper de la corne), ou taureau procumbens (qui succombe). L’animal est représenté dans cette période de la lutte tauromachique où il se sent vaincu; il se raidit sur sa croupe; sa corne est encore menaçante; mais il fléchit; l’une de ses jambes de devant manque, et il tombe.

Cette attitude du taureau est très expressive et rappelle celui des exercices publics qui est resté le plus en vogue dans la Pror vence. On sait, en effet, combien la passion pour les taureaux est ardente dans la partie inférieure de la vallée du Rhône. Le plus petit hameau, tout comme Arles et Nîmes, saisit le mpinfdre prér

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