‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 159 sur 209 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

phes des cognomina d’origine ou de signification grecque, Eupor f Nice , Aténaïs, Cüarèdc, Hellas , Attica , etc.; et le mot Adieu f XAIPE, se lit sur beaucoup de monuments funéraires. L’influence hellénique se trahit à chaque instant sur les pierres tumulaires par des symboles essentiellement grecs, tels que Psyché, qui: représentait l’àme, des tritons, des coquilles, des nymphes et surtout des bateaux, faisant allusion à ce mythe poétique de la navigation des âmes à travers les mers à la recherche des lies bienheureuses et d’un paradis inconnu. EOwXot, « bonne navigation », tel était le dernier souhait pieusement formé par les parents et les amis pour les morts; et on le trouve gravé sur un très grand nombre de tombes, toujours en caractères grecs. Sur beaucoup d’autres, le 0 grec, initiale du mot Bavorcoc, a mort »,. est inséré au milieu de l’inscription latine et indique combien les formules grecques avaient persisté même sous la domination romaine. C’est ainsi que le peuple d’Arles, plus grec que romain, nous a laissé jusque dans la mort le souvenir de son origine. Confiant dans le profond respect dont les anciens entouraient le9 sépultures, il a gravé sur ses pierres tombales le sceau de sa nationalité et semble avoir voulu parler en mourant la langue de ses ancêtres et donner sa dernière pensée à la patrie lointaine et toujours aimée.

Aucune colonie impériale de l'Orient et de l’Occident ne fut plus richement dotée en monuments que la ville d’Arles. Toutes les rues, toutes les places presque toutes les maisons conservent encore, apparent ou caché, quelque débris de la ville romaine. Pour l’archéologue et l’épigraphiste, Arles est une sorte de musée en plein air. Les principaux édifices, les palais, les temples étaient groupés sur la hauteur, suivant l’usage antique, et étagés depuis la berge 'du Rhône jusqu’au sommet du plateau. C’était

LA RÉGION D'ARLES

la ville noble, officielle et administrative. Le peuple, les mariniers habitaient la ville basse et surtout le grand faubourg de la rive droite, qui s’étendait alors beaucoup plus loin qu’aujourd’hui. Les deux rives furent reliées d’abord par un pont de bateaux, puis par un pont en charpente, pons tabulatus, dont on aperçoit encore les amorces en maçonnerie sur les quais du Rhône.

Dans ces dernières années, les chambres d’emprunt du chemin de fer d’Arles à Lunel ont mis au jour des substructions et des vestiges de rues, qui semblent se raccorder avec le village de Fourques (Jurcha , fourche), alors comme aujourd’hui tête de ligne de la Camargue et point de diramation des deux bras principaux du fleuve. Le {orum, le lieu romain par excellence, occupait le centre de la ville. Comme l’adora des ville grecques, il était carré ou rectangulaire, entouré de portiques et de colonnes, orné de statues, de petits édicules et d’objets d’art. Il paraît avoir été à deux étages : l’étage supérieur formé de galeries, le rezde-chaussée occupé par les boutiques des marchands et des gens d’affaires. Après quinze siècles de bouleversement, ce lieu de réunion permanente des citoyens n’a changé ni de nom ni de destination. On l’appelle toujours le {orum, et, dans la langue vulgaire, la «place des hommes»; et c’est encore là que stationnent pendant des heures et des journées entières, les Arlésiens modernes, qui ont tout au moins hérité de la flânerie et de la loquacité de leurs ancêtres.

Au centre du forum se dressait la colonne honorifique de Constantin. Vis-à-vis était le palais du prétoire, sur les fondations duquel on a construit l’église et l’incomparable cloître romans de Saint-Trophime. Derrière s’élevait la coupole du Panthéon, dont quelques amorces du soubassement, enfouies dans des caves presque remblayées, permettent cependant de rétablir la forme primitive à peu près semblable, sauf les dimensions au célèbre Panthéon d’Agrippa.

A côté se trouvaient les thermes, la naumachie, le théâtre, l’amphithéâtre; et au pied de la colline s’étendait le cirque avec

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