‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 160 sur 209 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

sa spina et son obélisque retrouvé intact après onze siècles de submersion dans le Rhône, et qui décore aujourd’hui l’une des principales places de la ville moderne.

Tout autour de ces monuments de plaisir étaient les édifices sacrés, les temples de la Bonne Déesse, de Rome et Auguste, de Mars, de Jupiter, de Diane, de Bacchus, qui nous ont laissé à peine quelques débris.

Enfin, en descendant au Rhône, on arrivait au palais de Constantin, qu’on appelait Trollia ou Trullum , comme celui des empereurs à Constantinople. C’était une œuvre plus byzantine que romaine. On n’y trouve plus le grand appareil et les magnifiques pierres de taille de l’amphithéâtre. Les murs sont construits en petits matériaux agglutinés par un ciment d’une extrême dureté et portent partout des traces de revêtement; et tout semble indiquer que cette princière demeure était décorée entièrement de marbres et de peintures, et présentait, à défaut de belles lignes architecturales, un très grand luxe d’ornementation. L’architecture est maniérée, les voûtes en briques très surbaissées, la décoration excessive. L’exubérante richesse du monument contrastait avec la vigueur et la noble sévérité des constructions du premier siècle, et accusait déjà la corruption du goût et la décadence de l’art.

On n’était plus, en effet, au siècle d’Auguste. Les Constantins. qui ont tant embelli la ville d’Arles, se ressentaient tous de la mollesse orientale. Grecs dégénérés, Græculi , plutôt que Latins, ils ont importé dans le Midi de la Gaule les mœurs efféminées et les habitudes de luxe des pays au milieu desquels ils avaient passé la majeure partie de leur vie. Leur engouement pour Arles ne devait être d’ailleurs que passager; et, après avoir enrichi et quelque peu corrompu la reine de la vallée du Rhône, ils retournèrent à Byzance, qui devint jusqu’à sa chute le siège vermoulu de l’empire en décomposition. ’

Entre tous ces monuments, le théâtre mérite une mention spéciale.

LA RÉGION D’ARLES

C’est là, en effet, qu’en 1651, un heureux coup de pioche a fait découvrir l’un des plus admirables chefs-d’œuvre de la sculpture grecque, devenu classique aujourd’hui sous le nom de « Vénus d’Arles ». Le marbre était enfoui au devant des colonnes de l’avant-scène et portait quelques traces de mutilation. Le torse était brisé en trois parties que l’on a pu heureusement rapprocher. La tête et le corps sont à peu près intacts, les bras seuls n’ont pu être retrouvés.

La découverte de cette précieuse antique est d’autant plus importante qu’on parait croire à une imitation ou même à une reproduction de la célèbre Vénus de Praxitèle, malheureusement perdue. La jeune femme est nue à mi-corps, comme sa sœur de Milo. Le buste est légèrement infléchi et se développe suivant des lignes d’une pureté exquise; la tête et la coiffure sont irréprochables et n’ont jamais été surpassées. L’absence de bras, qui fait encore ressortir la grâce et la perfection du torse, permet de l’envisager sous tous ses aspects; et l’on ne saurait trop déplorer la pitoyable réparation dont elle a été l’objet.

Les restaurateurs modernes l’ont dotée de bras et de mains vulgaires dont elle parait assez embarrassée; l’une tient une pomme, l’autre un miroir; et la belle Anadyomène a ainsi un faux air de maniérisme aussi peu grec que possible. Mais quand on la dégage de ses appendices modernes, elle représente un des types les plus séduisants de la beauté grecque. Il est difficile toutefois de la rapporter à la grande époque de l’art. Elle a trop de grâce et pas assez de noblesse, et parait devoir être classée dans le groupe charmant des statues antiques, élégantes, délicates et un peu voluptueuses qui ont immédiatement précédé l’épdque de la décadence.

L’art grec, en effet, a traversé plusieurs périodes avant d’arriver à cette noblesse et à cette perfection que nous admirons dans les chefs-d’œuvre classiques. Tout d’abord, il a commencé par d’informes ébauches, des représentations presque grossières, mais dans lesquelles on ne peut cependant méconnaître une inspiration souvent très élevée. Telles sont les premières statues en

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