‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 167 sur 209 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

plantes ligneuses aux saveurs amères, des salicornes, des joncs, des soudes, quelques chétives graminées composent un tapis végétal très clairsemé. Seuls les oiseaux indigènes et ceux de l’Afrique et de l’Orient peuvent se plaire sur cette terre abandonnée des hommes. Us y émigrent en foule. Les longues files de flamants roses, les mouettes blanches au vol circulaire, les compagnies de perdrix et d’outardes animent par leur présence l’immense surface de ces étangs endormis; et dans le grand silence de la plaine déserte, leurs cris rauques ou joyeux se détachent en nptes perçantes sur la plainte étemelle de la mer.

D’une manière générale, les embouchures des fleuves se rapportent à deux types très distincts.

Dans certains cas, le lit s'élargit au point de devenir une petite baie et un véritable bras de mer; le fond ne s’exhausse pas, et la navigation n’éprouve aucune difficulté pour passer des eaux maritimes dans les eaux fluviales. La mer entre et circule librement dans ces vastes embouchures; ce sont les « fleuves à estuaires ». La Tamise, la Seine, la Gironde, l’Hudson, le SaintrLaurent nous offrent des exemples de ces conditions éminemment favorables au développement des grands établissements maritimes. Londres, Houen et le Havre, Bordeaux, New-York, Québec, disposés ainsi dqns l’estuaire même de leurs fleuves respectifs, communiquent à la fois avec la mer et l’intérieur des terres, et peuvent recevoir et échanger, de la manière la plus économique et la plus directe, toutes les marchandises soit d’importation, soit d’exportation.

Quelquefois, au contraire, le fleuve se divise, avant d’arriver à la mer, en deux ou plusieurs branches, qui elles-mêmes se ramifient en plusieurs autres, en formant une vaste île triangulaire divisée souvent par de petits bras secondaires; ce sont les « fleuves à delta ». Chacune des embouchures est alors encombrée

LES EMBOUCHURES ET LE DELTA

par les sables et les limons charriés par le courant; la profondeur est à peine suffisante pour y permettre le passage de quelques allèges. Point de port aux embouchures; ils en sont tous à une distance plus ou moins grande, dans quelque rade abritée ou derrière une lagune de la côte voisine. Tels sont le Pô, le Danube, le Nil, le Rhône, dont les embouchures sont à une distance assez considérable des ports correspondants, Venise et Trieste, Odessa. Alexandrie, Marseille.

C'est à l’action de la mer seule qu’il faut attribuer ces différences. Les estuaires profonds se trouvent sur les côtes où le flux et le reflux sont le plus sensibles; l’oblitération des embouchures n’a lieu, au contraire, que dans les mers sans marées.

On conçoit, en effet, que lorsque les limons et les sables entraînés par le fleuve rencontrent la masse des eaux tranquilles d’une mer intérieure, ils se déposent immédiatement et forment un bourrelet en courbe dont la convexité est tournée vers la mer. Ce dépôt est plus ou moins remanié par le mouvement des vagues; mais il finif par atteindre une certaine fixité, se développe et forme une île qui divise le courant du fleuve en deux. C’est l’origine du delta.

Lorsque, au contraire, de fortes marées, après avoir fait gonfler les eaux du fleuve sur une étendue considérable en amont, déterminent par la retraite des eaux une chasse puissante, les dépôts de fond sont entraînés par ce courant énergique et, transportés ensuite par les courants littoraux, vont se perdre en mer dans des parties profondes ou concourir au développement de bancs de sable à une distance assez grande des embouchures. C’est ainsi que se conservent les estuaires.

Lorsqu’un fleuve comme le Rhône débouche dajis une mer inerte et sans marées sensibles, la formation de son delta a lieu suivant un mécanisme fort simple. Les sédiments tenus en suspens dans l’eau courante s’arrêtent tous à l’embouchure; et le dépôt sous-marin affecte tout d’abord la forme d’un cône à talus très allongé, analogue aux cônes de déjectiôn de tous les torrents. . .

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