‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 18 sur 209 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

dans la gorge jusqu’à Viesch. C’est le premier seuil du Valais supérieur.

A partir de Viesch, la vallée s’ouvre de nouveau; mais le Rhône est toujours encaissé et se précipite au fond de la tranchée de cascade en cascade. La route ondule, elle suit à mi-côte la prairie tapissée de moraines dont la concavité dessine l’ancien lit du glacier. Elle traverse le joli village de Lax, bien différent des pauvres hameaux du haut Valais. La plupart des maisons sont toujours en bois, mais assez élégantes, presque coquettes, avec des fenêtres artistiques à petits verres octogonaux et polychromes, qui ont un air de vitraux d’église. Tout autour du village, dans la prairie, une multitude de chalets pittoresques sont suspendus aux flancs de la vallée. On dirait un véritable parc de jardin, animé par les sonnailles et le mouvement des troupeaux échelonnés sur les pentes et qui vont se perdre dans les profondeurs des forêts.

Après Lax, la descente s’accentue. La route s’enfonce, par une série de lacets dangereux, dans un véritable gouffre; c’est le défilé de Grengiols. Un pont franchit le Rhône, qui gronde dans l’abîme à 200 mètres de profondeur. En certains endroits, la gorge est trop étroite pour le fleuve et le chemin; et celui-ci est suspendu sur le précipice, supporté artificiellement par des murs de soutènement. Au fond, le Rhône roule dans un véritable chaos de blocs amoncelés qui ont quelquefois 20 mètres de côté, et dont les arêtes encore vives, malgré l’usure des eaux, rappellent l’époque glaciaire. La cluse de Grengiols est le deuxième seuil du Valais et marque la limite de la vallée supérieure.

Depuis le Gothard, dont la longue croupe pelée se dessine en arrière, le Rhône a considérablement augmenté. Son débit a presque décuplé. Tous les glaciers enfermés dans les cirques

LE RHONE ALPESTRE ET LE VALAIS

supérieurs y ont déversé leurs eaux de fusion. Un peu au-dessous de Grengiols, un de ces torrents latéraux a une importance toute spéciale. C’est la Massa. A elle seule, la Massa vaut le Rhône. La Massa est, en effet, le Vouloir d’écoulement du glacier d’Aletsch, le plus puissant de tous ces fleuves solidifiés, suspendus dans les gorges des Alpes. Le confluent de la Massa et du Rhône a lieu dans une plaine de cailloux charriés par les deux torrents; en basses eaux, c’est une véritable « crau », entrecoupée de mille filets dont le nombre et le dessin changent sans cesse; en temps de crues, à l’époque des débâcles de neiges, à la suite des vents tièdes du Sud ou après les pluies d’orages, les deux cours d’eau gonflés remplissent, l’un et l’autre, leur vaste lit; et, sur près d’un demi-kilomètre de largeur, les galets sont entraînés et roulent avec un fracas semblable au mugissement de la mer.

Puis viennent Brieg et le confluent de la Saltine qui ouvre la gorge de Monte-Leone et du S impion. A partir de Brieg, les torrents des vallées latérales ont tous une importance sérieuse.

Deux d’entre eux surtout méritent d’être notés : la Viège et la Dranse.

« La vallée de la Viège, ou Visp de Zermatt, est une des plus belles du monde, une de celles où l’on peut contempler, en un tour d’horizon, comme un résumé de toute la grandeur des Alpes. On s’y rend avec piété comme en un lieu vraiment auguste, consacré par l’admiration des hommes (1). »

Un peu plus bas, la Dranse, qui pénètre au cœur des Alpes Pennines, dont le Colon, le grand Combin, le grand Saint-Bernard marquent les plus hauts sommets et que domine à. l’Est l’énorme massif du mont Blanc, écoule vers le Rhône les eaux de fusion de tous les glaciers enfermés dans cette région supérieure; et, sous l’influence des agents atmosphériques ou à la suite d’éboulements de roches et de glaces que rien ne peut faire prévoir, cet écoulement prend quelquefois les proportions d’un véritable déluge.

(1) Él. Reclus, Géogr. univ ., t. III, chap. i.

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