V. 8. L. M., — EX VOTO RBSTITV1T L. M., — V. S., etc
LES VOIES ANTIQUES
nibal un de ces petits discours de circonstance, sur le mérite duquel on est depuis longtemps fixé, et que les historiens militaires sont quelquefois tentés de placer, avec plus ou moins de variantes, dans la bouche des généraux qui franchissent une montagne.
Rien ne manque au tableau, ni la mise en scène, ni l’effet oratoire.
Hannibal montra à ses soldats exténués de fatigue et mourant de froid les plaines de l’Italie. « On s’était arrêté depuis deux jours au sommet pour donner aux troupes épuisées le repos nécessaire. Une neige épaisse enveloppait l’armée. L’abattement et le désespoir étaient peints sur tous les visages. Hannibal prit alors les devants, escalada une sorte de promontoire d’où l’on pouvait découvrir de toutes parts une vue immense, fit faire halte à ses soldats, et leur montrant de son épée les plaines baignées par le Pô qui serpentait au pied des Alpes : « Amis, a s’écria-t-il, vous escaladez en ce moment les remparts de « l’Italie ; que dis-je? les murs mêmes de Rome. Plus d’obs- « tacles bientôt. Tout va s’aplanir devant vous. Une bataille, « deux peut-être, et la capitale, le boulevard de l’Italie est entre a vos mains, en votre puissance. » Il dit, et l’armée poursuivit a sa marche (1). »
Le grave Polybe lui-même, si peu sujet à la déclamation, s’était, lui aussi, laissé gagner par l’enthousiasme. « Les soldats étaient consternés, dit-il; Hannibal les rassemble; et, comme du haut des Alpes ,qui semblent être la forteresse de l’Italie, on voit à découvert toutes ces vastes plaines que le Pô arrose de ses eaux, il se servit de ce beau spectacle, l’unique ressource qui lui restait, pour remettre ses troupes de leur frayeur. En même
(1) Prœgretsut signa , Annibal in promontorio quodam , unde longe lateque prospectus erat... militibus Italiam ost entât ...
Subjedotque Atpinis montibus circumpadanos campot... (Tite-Liyb, XXI, xxxv.)
Voir, comme pendant à la harangue dTïannibai, le discours véritablement académique que Tite-Live place dans la bouche de Scipion, campé sur les bords dn Tessin, au moment où il va engager ses légions contre les troupes carthaginoises. C’est un véritable tournoi d’éloquence entre les deux chefs des deux armées. (Tite-Live, XXI, l et li.)
DE LA RÉGION DU RHONE
temps, il leur montra du doigt l’endroit où Rome était située (1). »
Après quelques heures de repos sur le faîte, du haut duquel on ne devait apercevoir en réalité qu’un océan de montagnes se perdant dans le brouillard, il fallut songer à descendre; et cette descente fut terrible (2). Les hommes et les chevaux glissaient sur la neige et roulaient dans les ravins. Partout des rochers arides surplombant des précipices, et sur lesquels on ne pouvait poser le pied qu’après y avoir creusé à grand’peine une trace. Tout le monde connaît la célèbre légende, reproduite par Tite- Live et la plupart des historiens classiques, du feu et du vinaigre qui auraient été employés tour à tour pour briser les roches les plus dures (3). Polybe seul n’en parle pas. C’est assurément un peu fâcheux pour la légende; car Polybe est le seul historien qui aurait pu interroger les témoins, peut-être même des acteurs du passage des Alpes On sait, en outre, qu’il est en général très exact et qu’il a soin d’exhorter ses lecteurs à se défier de toutes les fables, leur promettant de leur écrire une histoire « vraie » d’où seront bannis tous les mensonges.
La critique méfiante n’a pas hésité à regarder le silence de Polybe comme une preuve de la fausseté de la légende.
Quelques commentateurs, désireux surtout de concilier le texte de Tite-Live avec leurs préventions contre un fait qu’ils regardent comme merveilleux, n’ont rien trouvé de mieux que d’altérer le texte lui-même et de remplacer le mot aceto par la leçon
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