CHAPITRE DEUXIÈME
lonnant par les grottes naturelles dont ils ont creusé la voûte. La fonte et le recul des glaciers s’accentuent avec l’accroissement de la température; et les grandes eaux se maintiennent d’une manière normale pendant trois ou quatre mois, depuis le commencement de l’été jusqu’au mileu de l’automne.
Mais c’est souvent par véritables à-coups que s’opère la fu sion des neiges et des glaces; et les débâcles arrivent alors, aussi soudaines, aussi terribles que si le mur de soutènement d’un immense réservoir venait à se rompre lout d’une pièce, permettant ainsi aux eaux libérées de se répandre en déluge formidable dans la plaine. Le principal agent de ces débâcles est, non pas la chaleur qui ne se fait sentir qu'à partir du mois de mai et d’une manière progressive, mais le vent du Sud, le môme qu’on appelle en Afrique le siroco , et qui, malgré sa traversée de la Méditerranée, a conservé une température et une sécheresse qui rappellent les sables brûlants du Sahara où il a pris naissance.
On lui donne en Suisse le nom de fœhn. Il souffle par rafales au printemps, en été, dans les premiers jours de l’automne; et les tempêtes du fœhn durent quelquefois plusieurs jours de suite.
L’influence du fœhn, dont la provenance africaine est certaine, a été souvent invoquée pour expliquer le cantonnement actuel, dans la région supérieure des Alpes, du glacier du Rhône qui remplissait autrefois toute la dépression du Valais, passait pardessus le lac de Genève, affleurait les croupes supérieures du Jura et venait s’étaler jusque sur la colline de Fourvières, audessus de Lyon, et près de Vienne en Dauphiné.
Les inondations produites par les rafales du fœhn ont été longtemps terribles dans le Valais.
Plusieurs fois par an, le fleuve, boueux et torrentiel, balayait la vallée; et la plaine devenait un vaste lac aux eaux jaunes, audessus desquelles émergeaient, comme des noyés, les têtes rondes des arbres et les toits des maisons.
Mais les ingénieurs suisses ont habilement apporté un remède à cette situation intolérable.
LE RHONE ALPESTRE ET LE VALAIS
Redresser le cours du Rhône, l’endiguer d’une manière continue depuis le haut Valais jusqu’au lac de Genève, assurer l’écoulement des eaux à tous les confluents avec les torrents latéraux, tel est l’ensemble des opérations qu’ils ont menées à bonne fin dans moins de dix ans et qui porte le nom caractéristique de « Correction du Rhône ». Deux digues longitudinales et insubmersibles contiennent le fleuve parallèlement à son axe. Ces digues sont renforcées par des épis ou éperons perpendiculaires à cet axe et qui plongent dans le lit, de telle sorte que les eaux, quel que soit leur volume, se trouvent ramenées au mileu du thalweg. Il se forme naturellement entre les éperons des atterrissements qui renforcent les digues et qui donnent au lit une forme concave favorable à l’écoulement. Mais ce n’est pas tout. Tous les torrents qui débouchent des vallées latérales pour aboutir au torrent troncal forment, à leur arrivée dans la vallée, un cône de déjection en nature de graviers et de cailloux meubles et infertiles. Les torrents qui ont charrié ces ruines se répandent à leur surface d'une manière désordonnée et encombrent à leur tour le torrent troncal de leurs dépôts. L’énorme protubérance conique s’avance sans cesse, barre le cours du fleuve, y détermine des remous, quelquefois même des marécages en amont. Il a donc fallu se débarrasser de ces eaux parasites, régulariser l’accès de tous les torrents latéraux, et, de même qu’on avait fait la correction du Rhône, faire aussi la correction de ses affluents.
Cet énorme travail a été exécuté d’après les mêmes principes. On a emprisonné les principaux torrents entre deux digues et on les a conduits directement au fleuve. Tel est le système appliqué depuis quelques années à la Saltine, au Gamsen, à la Viège, au Tourtemagne, à la Morge, à la Sionne, etc., et à la plupart des autres torrents.
Il y a là tout un ensemble de travaux aussi importants et presque aussi dispendieux que ceux du Rhône lui-même. Les résultats obtenus ont été des plus satisfaisants. Aujourd’hui, grâce à ces endiguements continus, le Valais en entier est à l'abri des inondations qui le ravageaient autrefois périodiquement et ne