CHAPITRE DEUXIÈME
autres, depuis le Gothard jusqu’au Léman. De pareilles éventualités peuvent très bien se produire, et rien ne saurait les conjurer.
Les principaux centres d’habitation du Valais sont naturellement échelonnés le long du fleuve, à sa rencontre avec les affluents latéraux. A part Sion, qui est une véritable ville de près de cinq mille habitants et qui pourrait à la rigueur se donner de petits airs de capitale, les autres ne sont que de gros bourgs. Tous ou presque tous rappellent d’ailleurs par leur nom leur ancienne origine celtique et ont conservé, même sous l’empire, leur vieille dénomination gauloise. Il suffit de les nommer : Brieg, Briga; Sion, Sedunum; Martigny, Octodurum; Saint- Maurice, Agaunum; Villeneuve, Penne-Locus . Leur situation topographique a motivé leur création et les désignait, dans le principe, pour être des postes fortifiés. Brieg, en effet, est une véritable tête de ligne placé au confluent de la Saltine et du Rhône, il commande la route du Simplon. Sion, au cœur même de la vallée, est, par le relief de son sol, une forteresse naturelle; la ville repose au pied de deux petites collines isolées de tous côtés, couronnées de constructions anciennes auxquelles on accède par des chemins taillés dans le roc. La citadelle de « Tourbillon », qui s’élève à près de 200 mètres, et les deux châteaux « Valéria » et « Majora », bâtis un peu au-dessous, reliés tous trois entre eux par des remparts affaissés sous le poids des années, rappellent les temps héroïques du Valais, et en s’écroulant entraînent dans leur chute tout un monde de souvenirs militaires et religieux. Martigny, l’ancien Octodurum des itinéraires romains, bâti au confluent de la Dranse et du Rhône, commandait le passage du grand Saint-Bernard, Summus Penninus , comme Brieg celui du Simplon. Saint-Maurice, Tarnaîas ou Agaunum , situé à 13 kilomètres en aval de Martigny, était un excellent poste avancé dans le défilé du Rhône, large en cet
LE RHONE ALPESTRE ET LE VALAIS
endroit de 22 mètres seulement, appuyé des deux côtés sur les contreforts de la Dent de Mordes et de la Dent du Midi, et défendu par des ouvrages naturels qui ont dû être regardés de tout temps comme à peu près inexpugnables.
Nous n’avons pas l’intention de faire ici, même sous une forme sommaire, une esquisse de l’histoire du Valais. Il est cependant une page presque oubliée de cette histoire qu’on ne peut passer sous silence. Lorsque, après avoir traversé le lac de Genève dans toute sa longueur, on aborde sur la plage du Bouveret, à l’embouchure du Rhône, on est d’abord ébloui et charmé par le spectacle de la nature sereine qui se développe sur cette terre promise.
Les prairies, les champs de mais, les jardins et les vergers occupent sur les deux rives la magnifique plaine d’alluvions que le fleuve continue à nourrir de ses eaux et de ses limons. La culture monte ensuite sur les pentes doucement étagées et vient peu à peu se perdre à mi-côte dans les profondeurs séculaires des forêts primitives. Mais bientôt le paysage change. La vallée se rétrécit tout à coup. Les deux massifs de la Dent du Midi et de la Dent de Mordes semblent vouloir barrer le fleuve. C’est la cluse de Saint-Maurice.
La petite ville de Saint-Maurice, qui occupe la cluse du même nom, est une des plus anciennes du Valais. Elle porte sur les itinéraires et sur la table de Peutinger le nom de Tamalas . C’était, c’est encore la clef des Alpes du côté de la Gaule. Un pont d’une seule arche de vingt-deux mètres est jeté sur le Rhône. Le château s’appuie sur le pont et commande ainsi le passage. A côté, le clocher quadrangulaire de l’abbaye, flanqué de quatre cônes recouverts d’ardoises, dresse fièrement sa pyramide dix fois séculaire et semble protéger encore le monastère et l’église bien appauvris. Celle-ci offre néanmoins quelques restes de son