CHAPITRE DEUXIÈME
de l'abbaye primitive. D’après une tradition assez plausible, mais qu’il est difficile de contrôler, dès le lendemain de l'exécution des Thébéens, quelques chrétiens auraient bâti un modeste oratoire, dans lequel ils auraient recueilli leurs premières dépouilles. Cet oratoire fut en quelque sorte l'embryon de la communauté que saint Théodore ne fît que discipliner sous la règle religieuse en môme temps qu’il élevait les murs de sa basilique. L’abbaye a porté tout d’abord le nom de la petite ville voisine ,Tamaîas ou Tarnade. Vers la fin du quatrième siècle, le nom de Tamaîas disparut pour faire place à celui d’Agaune, dont l’étymologie a donné lieu à des dissertations assez stériles.
Des écrivains ont proposé une étymologie à la fois grecque et latine, et font dériver le nom Agaune du mot grec dtywv, qui exprime les jeux et les combats de l’amphithéâtre, et, à l’appui de leur interprétation, invoquent le texte de saint Jérôme qui désigne par les mots « Agones martyrum » les combats soutenus par les martyrs.
La ville et le monastère ont porté le nom d’Agaune depuis le cinquième siècle jusqu'au neuvième. A celte époque, on y ajouta le nom du chef de la légion thébéenne. Depuis lors, on les appelle « Saint-Maurice d'Agaune ».
Le temps a tout détruit autour de la puissante abbaye. Qua torze siècles ont passé. La ville romaine de Tamaîas n’a plus môme de ruines. Seul, l'ancien clocher du monastère d’Agaune reste debout, gardant un air de grandeur qui s’impose à l’attention des hommes. Et si la psalmodie de plusieurs centaines de religieux n'éveille plus les échos du sanctuaire, si les rois de ce monde ne viennent plus comme autrefois ceindre la couronne sous ses voûtes et chercher le repos étemel dans ses caveaux, elle conserve encore précieusement les dépouilles de ses illustres morts et rappelle le souvenir de l’un des plus grands faits qui honorent l’humanité, et de l’un des plus héroïques martyres soufferts pour la première des libertés, — la liberté de conscience.