‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 29 sur 209 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

des deux rives. Ce renflement bombé, qui forme un véritable petit monticule, est très probablement le prolongement du cône d’alluvions du Rhône à son entrée dans le lac; il est entièrement formé par les apports du fleuve, qui sont ainsi charriés et alignés par le courant dans l’axe même du bassin. Sur ce tapis régulier et monotone de limon fin, la sonde ne rencontre aucune inégalité brusque, aucun corps dur, ni rocher, ni moraine glaciaire, ni blocs erratiques. Tout est enseveli sous la vase.

Les deux points les plus bas de cette plaine sous-lacustre sont situés sur la ligne qui traverse le lac du port d’Ouchy au port d'Evian. Le premier, qui est à 334 mètres de profondeur, se trouve au tiers environ de celte ligne à partir du port d’Evian; le second, qui est à 324 mètres, se trouve à 3 kilomètres et demi au Sud du môle d’Ouchy. Le niveau ordinaire du lac étant à l’altitude de 375 mètres. La plus grande dépression du lac n’est qu’à 40 mètres environ au-dessus du niveau de la Méditerranée.

A partir de cette plaine, la profondeur diminue, la vallée remonte et se soulève peu à peu, suivant une inclinaison de 8 sur 1,000 jusqu’à la limite du grand lac. Là, se trouve une véritable barre joignant les deux promontoires d’Yvoire et de Promenthoux, et qui forme une séparation très nette entre le Léman et le lac de Genève, entre le grand et le petit lac. Après ce seuil, sur lequel la sonde accuse une profondeur maximum de 60 mètres, on quitte le grand réservoir alpestre et on entre dans le petit bassin jurassique. La profondeur du petit lac atteint d’abord 70 mètres, presque immédiatement après le seuil; mais elle diminue bientôt, et le fond remonte, par une série d’étages et de cuvettes séparés par des seuils transversaux, jusque dans le port de Genève, où il n’est plus que d’une vingtaine de mètres.

En résumé, les chiffres suivants peuvent être donnés avec une suffisante approximation :

Profondeur moyenne du grand lac, 300 mètres;

Profondeur moyenne du petit lac, 50 mètres;

Surface totale des deux bassins, 60,000 hectares;

Volume des eaux 80 à 100 milliards de mètres cubes.

LE LÉMAN

Le niveau du lac est soumis à deux grandes variations annuelles.

Le Rhône, qui l’alirnente, est un fleuve ou plutôt un grand torrent alpin dont les apports sont extrêmement variables. Le volume d’eau qu’il verse en moyenne par seconde dans le lac est de 200 mètres cubes; mais de l’hiver à l’été la différence est énorme. Tandis que le débit moyen de l’hiver est de 55 mètres cubes à peine, celui de l’été est près de quinze fois plus considérable et atteint 750 mètres cubes. En temps d’inondation, le Rhône, à Villeneuve, jette jusqu’à 17,000 mètres cubes par seconde dans le Léman.

Le lac est, en outre, alimenté par une vingtaine de petites rivières. Sur la rive Nord : l’Eau-Froide, la Tinière, la Véraie, la baie de Montreux, la baie de Clarens, la Veveyse, le Flon, la Venoge, la Morge, l'Aubonne, la Promenthouse, le Boiron, la Versoie; sur la rive Sud : la Morge de SaintrGingolph, la Dranse, le Redon, l’Hermance. Sauf la Dranse, dont le débit moyen — 28 mètres cubes par seconde — s’élève jusqu’à 400 mètres pendant les grandes crues, tous les autres cours d’eau ne sont que des ruisseaux insignifiants en temps ordinaire. Leur régime est essentiellement torrentiel; ils sont souvent à sec et ne prennent une réelle importance que lorsqu’ils sont gonflés par les pluies d’orage ou qu’ils servent d’émissaires aux débâcles de glaces ou de neiges.

Le Rhône est, en réalité, le grand pourvoyeur du Léman; et l’écart considérable entre ses hautes eaux d’été et ses basses eaux d’hiver est la principale cause qui influe sur le niveau du bassin.

Un demi-siècle d’observations a permis d’établir la moyenne de cette variation et d’établir que l'écart moyen entre les plus hautes et les plus basses eaux est de l m ,15. Mais à la suite des grandes débâcles, après des pluies persistantes, aux époques de débordements et d'inondations du Rhône, on a relevé des différences bien autrement considérables; et l'écart le plus fort entre les hautes et les basses eaux a été de 2 m ,838 f soit près de 3 mètres. La surface du lac étant à peu près de 600 kilomètres carrés,

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