CHAPITRE TROISIÈME
chaque millimètre de surélévation de l’eau correspond à un volume de 600,000 mètres cubes. Les 3 mètres d’exhaussement représentent donc un excès de 1,800,000,000 de mètres cubes, soit près de 2 milliards.
C’est à peu près le quarantième du volume total du lac, qui est, ainsi que nous l’avons vu plus haut, de 80 à 100 milliards de mètres cubes.
Nous avons dit plus haut l’extension considérable qu’avait atteinte autrefois le glacier du Rhône recouvrant d’une nappe de glace toute la vallée supérieure et se répandant sur la cuvette du lac de Genève à une hauteur de près de mille mètres. Cet immense fleuve congelé, alimenté par les glaciers latéraux du Valais, s’est peu à peu fondu et retiré par étapes, laissant derrière lui des lignes transversales de moraine qui ont barré la vallée et donné naissance à une série de lacs étagés appelés <c lacs morainiques », dont la digue d’aval, encore reconnaissable, est un amoncellement de blocs agglutinés et cimentés par les boues glaciaires. Le lac de Genève est un de ces lacs morainiques, le dernier et le plus grand, cantonné dans le bas-fond de l’ancien lit du Rhône.
Mais ce n’est que la réduction et, pour ainsi dire, le résidu du grand lac primitif qui occupait la vallée; et il est certain que, pendant la longue période de l’âge glaciaire, période qui a eu des mouvements d’oscillation dont le nombre et la durée nous sont inconnus, et pendant les âges suivants de l’ère torrentielle, son niveau a graduellement baissé, parcourant toute l’échelle intermédiaire depuis le pied de l’ancien glacier jusqu’au niveau actuel.
Les bouleversements du sol, les érosions qu’il a subies, empêchent de reconnaître et de classer chronologiquement ces an-
LE LÉMAN
ciens niveaux. Mais leur dernière station est cependant encore apparente; et les plages qui datent de la fin des âges glaciaires sont encore assez visibles à 30 et môme à 40 mètres au-dessus du niveau actuel sur tout le pourtour du Léman.
Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de fixer la date exacte à laquelle la nappe d’eau du Léman est descendue à l’altitude que nous lui voyons aujourd’hui. En matière de géologie, les années s’accumulent par milliers, et on ne peut guère établir que des dates relatives. Toutefois, cette époque n’est pas indéfiniment reculée; et, d’après les découvertes modernes, elle est ethnographiquement caractérisée par l’existence et la grande extension des populations lacustres.
Tout le monde sait dans quelles circonstances heureuses, et à la suite de quelles intéressantes explorations, les savants modernes ont retrouvé et sont parvenus à reconstituer d’une manière parfaite les mœurs, les coutumes, les demeures, et presque la physionomie des premiers habitants de la Suisse.
Dans le cours de l’hiver de 1853 à 1854, une baisse extraordinaire des eaux du lac de Zurich mit à sec une large grève qui permit tout d’abord aux riverains de faire des travaux d’endiguement en construisant des levées empierrées en avant de l'ancien rivage; mais bientôt les ouvriers, en remuant la vase de ces terrains nouvellement émergés, mirent au jour un nombre considérable de pierres noircies par le feu, des morceaux de charbon, des ossements, des poteries, des ustensiles et des armes en pierre et en bronze très variés, le tout entouré d’une véritable forêt de pilotis régulièrement alignés et en général parallèles à la rive. On était évidemment sur l'emplacement d'un ancien village enfoui sous les eaux.
Cette découverte fut le point de départ d’une série de fouilles de même nature dans les lits d’alluvions de tous les lacs de la Suisse, de la haute Italie, d'Annecy, du Bourget, et à un grand nombre de confluents ou d’embouchures de rivières. Partout on retrouva les mômes débris, offrant les mômes caractères, présentant les mômes traits caractéristiques : — pilotis en nombre