CHAPITRE TROISIÈME
droit qu’elles occupaient jadis; à côté sont encore les vases d’argile, les armes, les trophées de chasse, les grands bois de cerfs et les têtes de taureau qui constituaient l’antique ameublement; un peu en dehors enfin, il n’est pas rare de rencontrer de longs troncs d'arbres creusés qui ont conservé leur ancienne forme de canot.
Dans les cités lacustres parvenues à un certain degré de civilisation relative, on aperçoit des débris d’ustentiles plus variés et d’un travail encore plus perfectionné; des armes en bronze, des couteaux, des faucilles, des meules à moudre et à aiguiser des aiguilles, des ornements en cristal, des colliers en verre et en jais, des morceaux d’ambre jaune, de corail, qui indiquent des relations avec les peuples de la Méditerranée et les riverains de la Baltique, et jusqu’à des jouets d’enfants.
Les explorations habiles et consciencieuses dont le petit lac a été le théâtre depuis quelques années, ont permis de reconstituer avec une précision très remarquable les établissements lacustres de l’ancienne Genève et ont démontré une fois de plus l’importance considérable que ces établissements avaient prise à l’époque du bronze.
Et tout d’abord, il convient de remarquer que les deux rives du lac et du Rhône étaient reculées de quelques centaines de pieds, de sorte que le goulet par où s’échappait le fleuve présentait alors une plus grande largeur que l’étroit défilé dans lequel il est aujourd’hui contenu. Au lieu d’un couloir resserré et d’un barrage-déversoir terminal, il existait uné assez belle nappe d’eau à très faible courant qui se prêtait très bien à la construction d’ouvrages sur pilotis.
L’époque lacustre paraît avoir débuté à Genève, simultanément des deux côtés du petit lac, par deux modestes établissements de l’âge de la pierre, longtemps séparés l’un de l’autre. Peu à peu ces premières bourgades, établies assez près de la rive, se sont élargies vers l’intérieur du lac; et, pendant l’invasion du bronze, dont on retrouve le9 objets d’abord mêlés à ceux de la pierre, elles se sont considérablement rapprochées et ont fini par se
LE LÉMAN
rencontrer tout à fait le long du banc sous-marin du Travers qui traverse le petit lac, entre Séclieron sur la rive droite et Cologny sur la rive gauche. Pendant toute la durée de l’époque du bronze, ce mouvement d’extension s’est accentué; et le groupe des établissements lacustres, définitivement soudés les uns aux autres, a constitué une seule grande bourgade trilobée qui couvrait, parallèlement aux rives, tout le milieu du petit lac, s’appuyant à l’amont sur le banc du Travers et se confondant à l’aval avec la pointe supérieure de l’île.
A ce grand ensemble, qui correspond presque entièrement à l’époque du bronze, il faut ajouter un petit établissement de l’âge du fer plus récent, formant en amont, sur le banc môme du Travers, une sorte de promontoire avancé de la bourgade lacustre, et auquel on arrivait d’ailleurs par un autre établissement qui paraît se rapporter à une époque de transition. On y retrouve non seulement un mélange d’objets en fer et bronze, mais encore des vestiges importants d’une fonderie et môme des débris de pieux régulièrement alignés qui semblent indiquer un ancien pont conduisant à la rive.
Plus récemment et non loin de Genève, on a découvert, dans les eaux de Versoix, une station d’une certaine importance présentant les mômes dispositions et les mômes paorticularités.
Partout, on le voit, la transition de l’âge de la pierre à l’âge du bronze a lieu sans l’intermédiaire d’un âge du cuivre; et cette lacune a souvent été interprétée comme l’indice de la brusque apparition d’une deuxième race mieux armée que la précédente, qui se serait violemment substituée à elle et l’aurait môme complètement anéantie. La fin du premier âge aurait été dès lors marquée, d’après l’opinion de certains archéologues, par des événements terribles. Deux races se seraient heurtées, et la plus faible aurait été absolument détruite. Les nouveaux venus, plus forts, appartenant vraisemblablement à la race celtique, armés de leurs haches de métal, auraient eu facilement raison des premiers lacustres, dont l’outillage de pierre très imparfait n’aurait pu les préserver d’une extermination complète; et la limite des