‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 36 sur 209 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

des moindres villages riverains du lac, sont tous situés vis-à-vis ou tout à fait à proximité de quelque ancien emplacement lacustre encore submergé ou à peine recouvert par de la tourbe, du gravier ou d’autres atterrissements; en sorte que la plupart de ce9 villes ou bourgades, celles au moins dont le nom indique clairement l'origine celtique, ne sont que la continuation sur la terre ferme de toutes les villes flottantes construites sur pilotis, comme de petites Venises, à une certaine distance du rivage. »

On peut môme considérer comme certain que cette période de transition de la bourgade lacustre en village littoral a duré un temps très considérable; et il est très probable que, pendant une certaine période plus ou moins longue, la cité s’est composée de deux quartiers bien distincts, l’un établi sur la rive, l’autre sur l’eau. Celui-ci a été peu à peu abandonné et a disparu, soit qu’il se soit effondré par vétusté, soit qu’il ait été détruit par une cause violente; et nous en retrouvons les débris au fond du lac. Les constructions établies sur la rive, au contraire, sont restées. Elles se sont progressivement agrandies, transformées; et autour d’elles se sont groupées des habitations plus considérables, mieux aménagées, plus en rapport avec les progrès de la civilisation.

Les faits ainsi envisagés présentent un caractère de vraisemblance voisin de la certitude; et ils conduisent tout naturellement à cette conclusion que le niveau des lacs suisses, du lac Léman en particulier, n’a pas sensiblement varié depuis l’établissement des palaüttes .

L’examen même des débris lacustres semble aussi pouvoir confirmer que le niveau du lac est resté à peu près stationnaire depuis six à sept mille ans.

Les poteries et les vases qui correspondent à la période lacustre ont dû, en effet, tomber dans l’eau presque à pic au-dessous du plancher des bourgades construites sur pilotis. Or, toutes ces poteries ont encore leurs cassures fraîches, leurs arêtes vives et non émoussées, ce qui prouve qu’elles n’ont pas été roulées par

LE LÉMAN

les vagues. Pour être ainsi demeurés en repos pendant de longs siècles, dans une couche tranquille, il faut donc que ces débris soient tombés dans une eau qui n’avait pas moins de deux mètres de profondeur, et que jamais, depuis qu’ils tapissent le fond du lac, le niveau ne se soit assez abaissé pour que les vagues aient pu les déplacer. Or, de nos jours, on trouve encore cette hauteur minimum de deux mètres au-dessus de certaines ruines lacustres. Il est donc certain que le niveau du lac ne s’est pas sensiblement relevé depuis l’époque où ces débris sont tombés à l’eau.

D’autre part, l’observation des milliers de pilotis que les habitants des palafittes enfonçaient dans le sol pour établir leurs demeures, semble indiquer que le niveau des eaux ne peut pas davantage s’être abaissé. La longueur de ces pilotis, en effet, ne devait pas dépasser un certain maximum, donné d’abord par la grandeur des arbres, ensuite par les moyens mécaniques dont disposaient les hommes de ces époques primitives pour les mettre en oeuvre. Il est difficile d’admettre que ces pilotis aient eu plus de 7 mètres. Les têtes des pieux devaient s’élever au moins d’un mètre au-dessus des hautes eaux de l’été pour que les planchers des huttes ne fussent pas inondés par les vagues; les pieux euxmêmes devaient être enfoncés dans le sol à une profondeur variant de 50 centimètres à 1 mètre; en somme, la longueur du pieu baigné par l’eau depuis le plafond du lac jusqu’au niveau de l’eau devait être à peu près de 5 mètres. Or, c’est précisément la profondeur moyenne à laquelle on retrouve aujourd’hui les ruines des bourgades lacustres. Le niveau des eaux ne s’est donc pas sensiblement abaissé.

Sans attacher à ces chiffres une rigueur absolue, il est permis cependant d’en conclure d’une manière générale que la hauteur moyenne des eaux du lac n’a pas varié d’une manière très appréciable depuis l’origine des temps historiques. Nous avons vu que la dernière station du niveau des lacs primitifs, et qui est dessinée par les terrasses diluviennes qui marquent la fin de l’époque glaciaire, était située à 30 mètres environ au-dessus des eaux actuelles. Depuis lors, le niveau s’est abaissé; et il est resté sen-

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