CD APURE TROISIÈME
La petite capitale du canton de Vaud est, comme la plupart des principales villes de la Suisse, un centre très actif d’études historiques et scientifiques. Dans cet ordre d’idées, ses bibliothèques, ses collections et son académie la placent tout à fait au premier rang ; et elle a le droit d’en être non moins fière que du magnifique paysage qui s’étend au pied de sa vieille cathédrale sur la vallée du Rhône, sur les Alpes du Valais et de la Savoie, et surtout sur la grande nappe du Léman qui a porté son nom pendant plusieurs siècles.
C’est en réalité Genève qui est, depuis longtemps, la véritable reine du lac. Placée comme Zurich, Lucerne, Constance, dans le couloir rétréci de l’aval, elle donne, comme eux, son nom à tout le bassin; et le Léman s’appelle, presque couramment aujourd’hui, le « lac de Genève ».
La situation topographique et géographique de Genève, à la rencontre de deux vallées importantes, à la sortie du Rhône, au point de convergence des routes qui se dirigent du centre de l’Allemagne sur le midi de la France, a dû de tout temps être recherchée; et l’origine de la ville remonte très certainement bien au delà de l’époque où elle apparaît pour la première fois dans l’histoire écrite.
Nous avons vu que la bourgade lacustre s’avançait assez avant dans les eaux du petit lac, cinq ou six mille ans avant notre ère. La Genève celtique s’est très certainement constituée peu à peu, par une série de constructions littorales, vis-à-vis de l’ancien emplacement lacustre encore submergé ou déjà recouvert par le gravier et les atterrissements. Le nom qu’elle porte et dont l’étymologie, quoique fort douteuse, comme tout ce qui touche à l’interprétation des langues primitives, a très certainement une origine celtique — Gen, sortie? aven , rivière? — semble indiquer
LE LÉMAN
que la petite ville bâtie sur la rive n’a été, ainsi qu’on l’a constaté maintes fois, que la continuation, sur la terre ferme et sous le même nom, du groupe d’habitations construites dans l’eau sur pilotis â une certaine distance du rivage.
On doit rattacher aussi aux premiers temps de Genève l’enceinte à peu près circulaire qui couronne le plateau du petit Salève, au Sud de la ville actuelle. Cet oppidum, dont on voit encore très nettement le mur de circonvallation, le massif central et les portes d’accès, a été quelquefois regardé comme un camp romain; mais, en réalité, son origine est beaucoup plus ancienne, et sa construction en revêtements de terre battue et en gros blocs appareillés, sans ciment, est tout à fait identique à celle de toutes ces erdburgen , ainsi que les nomment les archéologues allemands, qui étaient des lieux de refuge pour les non-combattants, les femmes, les infirmes, les enfants, le bétail et les provisions, en cas de guerre et d’invasion, pendant la durée assez indéterminée de l’époque gauloise ou celtique.
La topographie ancienne de Genève différait alors d’une manière très notable de celle que nous voyons aujourd’hui. Le temps et surtout les constructions modernes ont modifié profondément le relief du sol. La jonction de l’Arve et du Rhône était autrefois beaucoup plus rapprochée de la ville; et il est aisé de reconnaître que tout le riche territoire couvert actuellement de jardins, de maisons et de grands établissements publics, et qu’on appelle « la plaine de Plain-Palais », n’est qu’un ancien atterrissement de l’Arve, dont les eaux d’inondation, à des époques relativement récentes, s’étendaient jusque-là. Les crues de ce torrent, qui sert d’écoulement à toutes les débâcles du massif du Mont-Blanc, et que les pluies et la fonte des neiges gonflent d’une manière effrayante, ont, à plusieurs reprises, arrêté le cours même du Rhône, l’ont forcé à remonter vers le lac, et quelquefois même ont fait tourner à rebours les grandes roues pendantes des moulins établis le long des rives à la sortie de Genève. Le nom de Plain-Palais, du resté, indique très clairement l’ancienne constitution marécageuse de celte partie des faubourgs de la ville; et