CHAPITRE TROISIÈME
on peut hésiter, — d’une part, entre le vieux mot palus , pâli, pieu , d’où l’on a fait pal, si usité dans le langage héraldique, et qui rappelle les lignes serrées de pieux de défense établis, le long des deux rives, pour protéger les terres très meubles contre les corrosions de l’eau toujours torrentueuse du fleuve et de son fougueux affluent; — et, d’autre part, le mot latin palus , marais, si bien approprié à ce terrain fangeux et submersible à chaque crue, et qui, pendant d’assez longs siècles, n’a dû être qu’un cloaque assez malsain.
Mais ce n’était pas tout. Et tandis qu’une sorte de marécage couvrait toute la partie Sud du quartier du Plain-Palais, aujourd’hui presque complètement bâti et tout à fait émergé, les eaux du Rhône et du lac s’avançaient beaucoup plus au Nord qu’on ne le voit aujourd’hui et venaient baigner tout le pied du plateau sur lequel repose la ville haute, depuis les tranchées de Rive jusqu’au bas de la cité. L’emplacement de la basse ville moderne était donc entièrement submergé. Cet emplacement n’a été conquis que peu à peu sur le Rhône et sur le lac dans ces derniers siècles; et, il y a à peine quatre cents ans, le lac formait, entre la pointe de Longemale et la rue de la Fusterie, dont le nom rappelle si bien les anciennes barques de l’époque, une baie ouverte qui pénétrait au cœur de la place actuelle du Molard.
En somme, jusqu’au treizième siècle, Genève n’a existé que sur la rive gauche du lac et sur la hauteur; et le pied de la colline occupée par la vieille ville était baigné, d’une part, par les eaux du lac et du Rhône; de l’autre, par le marécage de l’Arve, qui s’étendait en flaques d’eau sur les terrains vagues de Plain-Palais. Les quelques maisons éparses qui se trouvaient au pied de la colline, et dont le nombre augmentait chaque jour, durent être bâties sur pilotis et furent une conquête sur le Rhône, sur le lac et sur le marais. De là celte désignation très caractéristique de palustria donnée à Genève dès le cinquième siècle, et qui pouvait s’appliquer à la fois à la partie occidentale et méridionale de la ville où se trouve Plain-Palais et à tout le quartier moderne autrefois submergé.
LE LÉMAN
Le lac et le Rhône, qui n’en faisaient qu’un, creusaient en cet endroit une petite baie très largement ouverte sur le lac; et c'était là vraisemblablement que devait se trouver la porte de l’enceinte du moyen âge, mentionnée dans les actes du treizième siècle sous le nom de Porta Aquaria , qui donnait accès à ce quartier de la Marine, aujourd’hui disparu et complètement remanié.
Quant au faubourg Saint-Gervais, situé sur la rive droite du Rhône ou du lac, de l’autre côté de nie, il n’a existé qu’à partir du seizième siècle à l’état de petite annexe de Genève, minor Geneva; mais ce n’est que dans les temps tout à fait modernes que ce quartier, comme celui des Pâquis, qui n’était autrefois, ainsi que son nom l’indique, pascaa , qu’une prairie inondée par le lac et un lieu de pâturage, ont été transformés en une ville nouvelle, jeune, aristocratique, bordée de quais magnifiques et de riches hôtels. Toutes ces constructions sont récentes et ne le cèdent en rien aux plus somptueux palais du littoral de la Provence. Elles sont toutes admirablement orientées vers le midi; et des larges terrasses qui les précèdent la vue embrasse à la fois le Rhône, le lac et la vieille ville de Genève, s’étend sur les deux Salèves, les Voirons, la côte boisée de Savoie, et découvre dans le lointain le massif neigeux du Mont-Blanc.
Il est hors de doute que le plateau des Tranchées, qui marque le sommet de.la ville moderne, un peu au-dessus de la vieille ville du moyen âge, a été jadis habité par les Romains. Tout le prouve : la configuration du sol d’une part, et mieux encore, le nombre considérable d’objets et de vestiges de l’époque romaine, — murs de fondations, aqueducs, statuettes, ustensiles de toute nature en poterie et en bronze, armes, inscriptions lapidaires, monuments funéraires et monnaies, que les moindres fouilles permettent de mettre au jour.
Toutefois, on n’a pu retrouver exactement la trace de l’enceinte des premiers siècles. On ne peut môme affirmer qu’il existât à celte époque un mur de circonvallation continu, comme celui de la plupart des villes importantes de l’empire. Peutrêtre