‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 42 sur 209 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

tout se réduisait-il à une acropole qui occupait le sommet de la colline.

Il n’existe presque rien non plus de l’enceinte burgonde, qui a dû être démolie pour servir à la construction) de la ville du moyen âge.

C’est le sort des villes qui prospèrent et grandissent de se transformer sans cesse et de se reconstruire avec les débris des âges précédents. Il ne reste plus rien aujourd’hui de l’ancienne colonie grecque de Marseille, et on trouverait à Paris vingt maisons à peine qui datent du moyen âge.

Nous avons dit que ce n’est que dans les temps relativement modernes que la ville de Genève s’est étendue sur les deux rives du Rhône et du Léman. Les eaux du fleuve et du lac formaient autrefois une séparation absolue entre les deux rives, habitées par des peuples gallo-celtiques parfaitement distincts.

Les fleuves, les rivières et, à plus forte raison, les petits bras de mer et les lacs étaient, en effet, considérés autrefois comme les lignes de défense les plus naturelles et les plus difficiles à franchir.

Les limites des grandes circonscriptions politiques et administratives ont donc été presque toujours, dans l’ancien temps, les fleuves plutôt que les montagnes. On traversait plus aisément alors une série de cols hérissés de rochers, recouverts de neiges et bordés de précipices, qu’un torrent d’une certaine importance ou un grand cours d’eau. Les relations difficiles, souvent même impossibles, entre deux rives distantes à peine de quelques centaines de mètres, étaient fréquentes des deux côtés d’une chaîne escarpée; et les anciennes divisions des provinces romaines dans cette partie de l’Europe centrale en donnent un exemple saisis-

LE LÉMAN

sant. Dans le bassin môme du Rhône, le Valais, le pays de Vaud et le pays de Genève appartenaient à trois provinces différentes. Le Valais, habité par quatre peuples différents, les Vibères, les Séduirions, les Véragres et les Nantuates, avait été réuni, pardessus les Alpes et le Mont-Blanc, à la Maurienne et à la Tarentaise, et constituait la province des Alpes Pennines. — Le pays de Vaud et toute la Suisse occidentale, qui étaient occupés par les Helvètes montagnards, avaient été rattachés par-dessus la triple chaîne du Jura, aux Séquanais et formaient la province désignée sous le nom de la Grande Séquanaise, Maxima Sequa norum. — Genève enfin, la rive gauche du lac et le Chablais étaient englobés avec les Alpes du Dauphiné et formaient la partie septentrionale de la province viennoise habitée par les Allobroges, et dont Vienne était la métropole.

Cette division, on le voit, est absolument contraire à la division par bassins, qui a prévalu d'une manière générale dans les temps modernes.

En ce qui concerne Genève, qui aujourd’hui est aussi bien assise sur la rive droite que sur la rive gauche du lac, la division territoriale et ethnographique était alors absolument tranchée. La rive gauche était habitée par les Allobroges, qui étaient les véritables aborigènes du pays et occupaient depuis un temps immémorial tout le territoire limité par l’Isère, le Rhône, le Léman et les Alpes, comprenant le Chablais, le Faucigny, le Génevois, la Savoie et le Dauphiné. Sur la rive droite était établie une autre peuplade d’origine celtique aussi, mais toute différente, et qui arrivait des bords du Mein, où elle avait séjourné plusieurs siècles. C’étaient les Helvètes, qui, par rapport aux Allobroges, étaient, en fait, de nouveaux venus, de véritables^ barbares, et occupaient toutes les montagnes du Jura, les plaines de la rive gauche du Rhin, les Alpes Bernoises, l’ancienne Rhétie jusqu’au lac de Constance, et la rive droite du Rhône jusqu’à la Cluse, c’est-à-dire jusqu’au fort de l’Ecluse actuel.

Cette division a été parfaitement maintenue après la conquête. Les Romains avaient, en effet, pour principe absolu et pour

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