‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 57 sur 209 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Le confluent du Rhône et de la Saône n’avait pas lieu, comme de nos jours, vis-à-vis du faubourg de la Mulatière. Toute la presqu’île alluvionale. qui forme le cœur de la grande agglomération lyonnaise n’existait pas encore. Les deux cours d’eau se réunissaient au pied même de la colline de la Croix-Rousse; et l’escarpement des coteaux de Saint-Irénée et de Saint-Just, couronné maintenant par l’oratoire de Fourvières, dominait alors non la rivière de la Saône, comme on le voit aujourd’hui, mais le Rhône lui-même, qui avait déjà reçu les eaux de son affluent, presque en face de la place des Terreaux moderne.

En fait, la jonction du Rhône et de la Saône s’opérait à 4 kilomètres environ en amont du point où elle a lieu actuellement.

Au-dessus de ce confluent, deux plateaux dominaient le cours des eaux : la Croix-Rousse et Fourvières. Nul doute qu’ils n’aient été habités dès la plus haute antiquité. Celui de Fourvières surtout présentait les meilleures conditions pour l’assiette d’un oppidum en état de résister sérieusement à toutes les agressions du dehors, et pouvait donner abri, aux jours de danger, aux populations très bariolées d’origine, groupées à la base dans les îles du confluent.

L’oppidum de Fourvières n’a dû être dans le principe, ainsi que tous les oppida celtiques, qu’un plateau retranché. On y accédait, comme de nos jours, par des chemins en lacet. Au sommet se trouvait une plate-forte assez étendue, d’où la vue s’étendait au loin dans la plaine et le long des deux vallées. C’était non seulement un refuge difficilement accessible, mais un excellent poste d’observation.

Il n’en reste pour ainsi dire plus de traces. Le sol a été ameubli et remanié à plusieurs reprises. Les vestiges anciens ont disparu sous les constructions modernes, et tout essai de restauration serait purement fantaisiste.

L’agglomération lyonnaise primitive comprenait d’ailleurs deux groupes très distincts. Sur la hauteur, reliée par les plateaux supérieurs à l’ensemble du pays celtique, étaient le camp retranché et la population indigène, guerrière, pastorale; sur la rive, le

long de la grève et dans les îles du confluent, s’allongeait la ville marchande et cosmopolite en communication facile et permanente, par le Rhône et la Saône, avec le Nord de la Gaule et le littoral de la Méditerranée. Cette ville des étrangers était principalement peuplée d’Orientaux et de Grecs, qui suivaient en cela la règle constante qui porte les marchands et les commerçants de tous les pays à s’établir immédiatement dans les faubourgs, sur les berges des fleuves, aux lieux mêmes de leur arrivée. Pour tous les trafiquants italiotes, grecs ou asiates qui remontaient le Rhône, le point de débarquement indiqué ne pouvait être que le confluent.

Dès les premiers jours de son existence, Lyon nous apparaît donc d’une manière fort nette divisée en deux étages : — l’étage supérieur, occupé par une et peut-être par deux acropoles, si l’on admet, ce qui est très vraisemblable, l’existence d’un oppidum sur le coteau de Saint-Sébastien ou de la Croix-Rousse, comme il en existait un sur le coteau de Sainl-Irénée ou de Fourvières; — l’étage inférieur, qui se développait sur les berges des deux fleuves et dans les îles du confluent, présentant un amas confus de hangars, de huttes, de baraques, de lieux de dépôt pour les marchandises et de séjour pour les étrangers. C’était l'emporium. Au sommet, le « bourg » autochtone; à la base, la « marine » cosmopolite : telle a dû être, telle a été, pendant de longs siècles avant notre ère, la constitution de la grande agglomération lyonnaise.

Lorsque, l’an de Rome 696 (58 ans avant Jésus-Christ), César pénétra dans les Gaules, le pays était divisé en quatre parties très distinctes. Au Sud et à l’Est, un vaste territoire qu’on appelait la « Province », Provincia , et qui correspondait à peu près exactement à nos trois provinces du Languedoc, de la Provence

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