CHAPITRE CINQUIÈME
et du Dauphiné, formait déjà une partie intégrante de l’empire, et était destiné à devenir bientôt, suivant l’expression de Pline, « une véritable Italie ». Le nom caractéristique de « Provence » a été conservé à la partie la plus méridionale de la Province romaine, sur laquelle d’ailleurs les légions avaient déjà mis le pied depuis près d’un siècle, à la faveur des dissensions qui existaient entre leurs alliés les Grecs de Marseille et les peuplades ibéroligures qui occupaient toute la région littorale. La véritable Gaule indépendante et guerrière, celle qu’on appelait la « Gaule Chevelue », Gallia Comaia , se composait de trois groupes très tranchés : au Nord les Belges, au Sud et à l’Ouest les Aquitains, au centre les Celtes.
Ils occupaient toute la région comprise entre le Rhin, l’Océan, les Pyrénées et la Province romaine. On l’appelait « les Trois Provinces », Très Provinciæ, ou les « Trois Gaules, Trefc Galliæ. » Ces trois groupes étaient eux-mêmes fractionnés en un nombre considérable de tribus, n’ayant le plus souvent entre elles aucun lien fédératif, s’épuisant en démêlés perpétuels, étrangères à toute idée d’unité nationale, sauf dans des circonstances accidentelles, en vue de résister à un ennemi commun. Ces tribu9, de mœurs à demi sauvages, étaient au nombre de soixante, à l’époque de la conquête. Bien qu’elles dussent différer les unes des autres sur bien des points suivant la topographie locale, les conditions du climat, la nature et les produits du sol, elles présentaient toutes le même caractère de rude indépendance; elles avaient les mêmes goûts d’aventure, de chasse et de piUage, les mêmes instincts nomades et guerriers. La partie essentielle de la population se composait de paysans, de pêcheurs et surtout de pillards et de chasseurs, rarement réunis par grandes agglomération, mais largement disséminés dans la campagne, ou vivant dans de petits bourgs ou même des huttes isolées.
Les historiens classiques ne tarissent pas sur les exploits de nos ancêtres; mais, à vrai dire, il est impossible de ne pas éprouver une impression toute contraire et un sentiment de répulsion assez prononcé pour cette tourbe déréglée, vivant d’une
manière presque bestiale, ne se nourrissant en général que de viande saignante, et n’ayant d’autres goûts que ceux des ivrognes et des équarrisseurs.
Athénée et Ammien Marcellin nous ont fait connaître le récit de leurs repas largement arrosés de vin de Marseille ou d’une sorte de bière faite de froment et de miel, et pendant lesquels on ferraillait presque toujours jusqu’à ce que quelques-uns des convives restassent sur le carreau. Cinquante ans avant César, le philosophe Posidonius, voyageant à travers le pays des Celtes, nous a laissé la description de leurs sacrifices, de leurs sanglants présages tirés des convulsions des mourants, de leur coutume barbare de clouer à la porte des maisons les têtes de leurs ennemis, comme les paysans le font aujourd’hui pour les oiseaux de nuit, souvent même, pour les plus illustres, de les renfermer soigneusement dans des cassettes après les avoir ointes d’huile de cèdre, afin de mieux les conserver et les montrer avec orgueil aux étrangers. Toute cette masse vulgaire était dominée, dit César, presque asservie, par une aristocratie militaire, violente, brutale, querelleuse, avide de plaisirs grossiers, de festins prodigieux, de parures riches et voyantes, entourée d’une clientèle innombrable d’hommes d’armes et de serviteurs.
Les Ségusiaves étaient l’une des soixante peuplades do la Gaule Chevelue et l’une des vingt-trois tribus de l’ancienne Celtique ou Lyonnaise.
La première découverte du nom des Ségusiaves a été faite assez loin du pays qu’ils habitaient. C’est un ex-voto adressé aux nymphes bienfaisantes de Bagnères-de-Luchon par une femme ségusiave qui s’appelait Cassia Tovta. Les eaux des Pyrénées étaient, on le sait, très fréquentées, non seulement par les patriciens et les colons aisés, mais par toutes les classes de la population gallo-romaine; et le nombre de bains et de sources dites « de César » que l’on retrouve dans toutes les stations thermales de la Gaule et surtout des Pyrénées est une preuve de la vogue de ces établissements au premier siècle de notre ère.