‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 59 sur 209 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Plus tard, en 1846, un habitant du petit village de Marclop, situé à sept kilomètres environ de Feurs, l'ancienne capitale du Forez, trouva, en faisant creuser son champ couvert de ruines romaines, une plaque de bronze sur laquelle le nom du peuple ségusiave, civjtas segvsiavorvm, se lisait en très beaux caractères du second siècle.

Une autre lecture du môme nom a été faite sur un magnifique bloc provenant des démolitions du vieux pont du Change, à Lyon, sur la Saône, et conservé aujourd’hui au palais des Arts. Que ce bloc ait appartenu à un monument funéraire, comme on l’a cru quelquefois, ou qu’il ait fait partie, ainsi que le pense M. de Boissieu, d’un groupe d’inscriptions accolées, rappelant les titres honorifiques de plusieurs personnages d’une même famille, d’un môme collège, ou ayant eu entre eux des rapports de fonctions et de dépendance, peu importe; l’inscription est parfaitement nette; elle mentionne l’existence d’un certain Pvblivs Maglivs Priscianvs, auquel est associé le nom celtique de Pama, déjà connu des épigraphistes, et suivi de l’indication caractéristique de la « Gaule Chevelue », Très Galliæ ou Très Provinciæ Galliæ , à laquelle appartenait le peuple des Ségusiaves.

Le môme nom, quoique très mutilé, a été retrouvé sur un fragment d’inscription d’une vieille rue de Lyon, — la rue des Flandres, — et rappelle les titres d’un autre Gaulois ségusiave du nom de Cvlatvs ou Caivs Vlatvs.

On le lit encore sur un remarquable débris d’inscription dont la restitution complète présente de certaines difficultés, mais qui ne laisse aucun doute cependant sur la désignation de la nationalité ségusiave, et est d’autant plus intéressante qu’elle paraît indiquer la charge municipale d’un magistrat de la colonie, curalor urbis.

Citons encore une petite monnaie en argent bien connue des antiquaires et qui appartient aux derniers temps de l’aulonomie gauloise. Sur l’une des faces est gravé un génie quelconque, sur l’autre une figure imberbe et casquée représentant, ainsi que le dit la légende, la divinité topique Segvsia. Etait-ce la déesse

protectrice, salutaris , des Ségusiaves ou une Minerve medica, ou bien encore le buste de Segvsiavvs, héros local éponyme de la tribu? Ces différentes interprétations ont été admises. Toujours est-il que la mention de la peuplade ségusiave est très clairement indiquée.

L’ethnique Segvs, plus ou moins altéré, se lit sur les quatre bornes militaires de la petite ville de Feurs, qui fut jadis la capitale du Forez, avec la mention de l’affranchissement de la nation ségusiave, Civitàs Segvs libéra. On sait, en effet, que les Ségusiaves furent soustraits par les Romains au patronage de leurs puissants voisins les Ædues et déclarés libres. Liberté relative, bien entendu, et même tout à fait fictive; car, en rompant ainsi les liens de la confédération, quelque relâchés qu’ils fussent, quelque indépendants et antipathiques même que pussent être les uns vis-à-vis des autres tous les éléments de la Gaule Chevelue, les différentes fractions de la grande famille gauloise se démembraient et se livraient sans défense à leurs vainqueurs. Leur seule force était dans le groupement, les plus faibles faisant naturellement partie de la clientèle des plus forts. La perte de ce patronage et l’affranchissement nominal dont on les décorait officiellement consacrèrent en réalité la destruction de leur nationalité et ne furent, au demeurant, qu’une servitude déguisée et un changement de domination.

L’ancienne Ségusiavie correspondait donc à peu près aux deux provinces du Lyonnais et du Forez. Mais Lyon n’était pas encore la ville importante du pays. Peut-être même n’existait-elle pas encore à l’état de ville réellement constituée. César, qui avait parcouru toute la région dans tous les sens et qui connaissait parfaitement le confluent du Rhône et de la Saône, ne fait aucune mention de l’oppidum qui existait déjà depuis plusieurs siècles sur la colline de Fourvières, ni de l’emporium situé dans les îles, et sur lequel devait s’asseoir plus tard la ville du moyen âge. A l’origine de notre ère, la future métropole des Gaules n’était donc qu’un bourg médiocre, et les géographes classiques ne paraissent pas l’avoir connue.

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