‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 61 sur 209 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

après Narbonne, la plus importante ville de la Province; et les premiers colons romains s’étaient trouvés tout de suite en présence d’une aristocratie guerrière, fière du grand rôle qu’elle avait joué pendant la guerre des Gaules et très jalouse de ses droits. L’antipathie des deux populations réunies dans les mêmes murs n’avait pas tardé à se manifester et avait dégénéré bien souvent en querelles qui ensanglantèrent à plusieurs reprises les rues et le forum de la nouvelle colonie. Chassés une première fois de la ville qu’ils avaient essayé de surprendre par un coup demain hardi, les mécontents étaient parvenus à y rentrer on ne sait trop comment, et ils avaient fini par en chasser à leur tour les colons romains, qui se réfugièrent au delà du Rhône, sur le territoire des Ségusiaves, dans le village celtique de Condate , au confluent du Rhône et de la Saône. Au temps de César, la solution de cette équipée n’eût pas été douteuse. Un corps de troupes aurait réintégré les Romains dans la ville rebelle, et celle-ci eût été promptement mise à la raison. Mais le dictateur était mort, le pouvoir affaibli, la guerre civile déclarée.

Après avoir attendu assez longtemps la décision et les ordres du Sénat auquel les indigènes avaient soumis leurs griefs, les fugitifs n’eurent pas la consolation d’être rétablis d’autorité dans leur ancienne patrie. Tout au contraire, on les invita à se fixer, comme ils le pourraient, sur la rive droite de la Saône, qui était, en fait, le seul emplacement disponible. Les hauteurs fortifiées étaient occupées, en effet, par la population indigène; les îles du confluent, par la foule cosmopolite des marchands asiates, italiotes ou grecs; et on dut s’établir le plus près possible des lieux habités, à mi-côte, dans une position qui correspondait à peu près aux quartiers modernes de Saint-Jean, de Fourvières, de Saint-Irénée et de Saint-Just.

Les commencements de Lyon furent, comme on le voit, assez modestes.

Les premiers Lyonnais étaient de simples exilés; mais leur situation, précaire et humble à l’origine, ne tarda pas à s’améliorer très rapidement. Un décret du Sénat chargea le proconsul

L. Muniatus Plancus, qui exerçait alors en Gaule un commandement militaire important, d’installer officiellement les anciens colons de Vienne. Une inscription célèbre, gravée sur le tombeau môme de Plancus, a perpétué ce souvenir. C’est en quelque sorte l’acte de naissance de la ville de Lyon.

Lyon fut donc ce qu’on appelait une colonia deducla ou une deduclio. Ce ne Tut môme, à son origine, qu’une colonie au second degré; car elle était formée de colons romains, probablement assez peu nombreux dans le principe, expulsés de leur premier poste colonial, qui était Vienne.

La petite colonie nouvellement installée avait donc son assiette sur les rampes du coteau qui dominait la rive droite de la Saône, vis-à-vis de son confluent avec le Rhône, qui avait lieu alors un peu au-dessous de la place actuelle des Terreaux. Dominée d’une part par l’oppidum gaulois, limitée à sa base par la ville marchande et cosmopolite, elle aurait pu rester pendant longtemps dans une situation assez médiocre. Les deux séjours prolongés qu’Auguste y fit, vingt-cinq ans à peine après sa fondation, changèrent complètement ses destinées. Un empereur qui habite une ville de province pendant près de quatre ans en a bientôt fait une capitale. C’est ce qui arriva pour Lyon. Presque subitement elle devint la première ville des Gaules, caput Galliarum , dépassant môme Narbonne et bien supérieure à Arles, qui ne devait atteindre son apogée que sous les Constantins.

Deux sortes de travaux publics, dont on a conservé de précieux vestiges, peuvent donner une idée de l’importance que prit la colonie lyonnaise presque atr lendemain de son organisation officielle. Ce sont les routes et les aqueducs.

Agrippa, gendre et favori d’Auguste, fit ouvrir quatre grandes lignes, ayant toutes Lyon pour point de départ et se reliant aux tronçons qui existaient déjà à l’état rudimentaire dans tous les pays voisins et à la grande voie Domitienne (1), qui établissait

H) Cf. Ch. Lbnthkbic, les Voies antiques de la Vallée du Rhône , 1892.

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