‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 63 sur 209 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

On commença par dériver les sources les plus rapprochées qui naissent à une vingtaine de kilomètres dans le massif du Mont-d’Or. Mais on les trouva bientôt insuffisantes, et on fit exécuter un deuxième aqueduc d’un développement double. C’est l’aqueduc de la Brevenne ou de Montmorant.

La ville grandissait toujours. Les eaux du Mont-d’Or et de la Brevenne n’arrivaient, d’ailleurs, sur le coteau qu’à la hauteur du palais des empereurs qui occupait l’emplacement de l’hospice actuel de l’Antiquaille. Des constructions fort importantes, un théâtre, de somptueuses habitations, des villas, des jardins avaient remplacé les premiers édifices de la colonie de Plancas. Toute la colline était peuplée, et il fallut amener au point culminant de nouvelles eaux. Le massif du mont Pilât, qui domine la vallée du Gier, bien qu’éloigné de plus de 50 kilomètres, parut seul pouvoir fournir le nouveau volume nécessaire. L’entreprise était considérable, difficile, coûteuse, mais non au-dessus de la fortune de Lyon, alors à son apogée. Ce fut l’œuvre de Claude, et le nom de l’empereur fut gravé sur plusieurs tuyaux en plomb de l’aqueduc.

La canalisation des eaux du mont Pilât est, sans contredit, le plus complet de tous les ouvrages du môme genre qui existent en Gaule, et est comparable aux plus beaux aqueducs construits en Espagne, en Sicile, en Italie, à Rome môme.

Mais la ville eut bientôt encore d’autres besoins. Elle s’étendait tous les jours davantage et envahissait la presqu’île du confluent. C’était à ce confluent môme qu’était établi le temple célèbre de Rome et d’Auguste^ où les soixante nations des Gaules venaient faire en grande pompe leurs dévotions annuelles. Tout un quartier s’était rapidement développé dans la presqu’île resserrée entre les deux fleuves. Un nouvel aqueduc vint l’alimenter. On ignore l’époque exacte de sa construction. On sait seulement que la prise d’eau se trouvait, dans la vallée supérieure du Rhône, à Miribel. Une pente régulière conduisait dans le bas quartier les eaux des sources provenant du bassin des Dombes, et les amenait à la hauteur de la rue moderne du Griffon, au pied

de la colline de la Croix-Rousse, pour servir très probablement à la naumachie dont on croit pouvoir fixer en cet endroit remplacement, à côté même de l’autel consacré à l’empereur et à la capitale du monde.

En somme, le service des eaux était assuré à Lugdunum, dès le premier siècle de notre ère, par quatre aqueducs qui rayonnaient autour de la ville et présentaient un développement de près de 150 kilomètres, dont 3,000 mètres de ponts, s’élevant parfois à près de 30 mètres de hauteur, et 5,000 à 6,000 mètres d’arcatures dont on voit les ruines un peu partout aux approches de la grande cité lyonnaise.

Un monument d’une importance capitale, curieux entre tous dans les annales du monde, a marqué l’emplacement de l’ancien confluent du Rhône et de la Saône et l’a rendu à jamais célèbre. C'est le fameux autel construit sous la dédicace de Rome et de l’empereur Auguste par les soixante nations de la Gaule Chevelue.

Ce monument singulier est le témoignage de la nouvelle religion que l’empire naissant organisa de toutes pièces, non seulement à Rome, mais dans toutes les provinces, et qui se résumait en somme en un seul dogme fort simple : la divinité de l’empereur.

Le fait est à peine croyable, il est vrai cependant. L’institution a été fondée, elle a existé, elle a prospéré, et, bien mieux, elle a été acceptée sans résistance pendant trois siècles par plusieurs millions d’hommes.

Il est intéressant de rappeler les traits principaux de ce phénomène unique peut-être dans l'histoire.

L’an 722 de Rome — trente et un ans avant Jésus-Christ — fut une date mémorable. La bataille d’Actium avait clôturé dv

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