‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 67 sur 209 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

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n’hésitèrent pas à prendre le parti de leur bienfaiteur. Cette fidélité faillit môme leur être funeste. Vienne, rivale de Lyon, tenait naturellement pour Galba. La fortune fut pour elle; et, pendant une année de troubles (68-69 après Jésus-Christ) qui compta trois règnes d’empereurs, — Galba, Othon, Vitellius, — elle fut comblée de biens, pendant que Lyon se vit abaissée, rançonnée et punie de son attachement à la famille de ses anciens princes par la saisie de ses revenus.

Ce ne fut toutefois qu’un déclin passager. Elle se releva rapidement sous la domination flavienne et devint, en moins d’un siècle de paisible développement, la première, la plus riche ville du Nord de l’empire. Cette prospérité dura encore pendant la période des Antonins; mais la fin de cette dynastie marqua pour la Gaule en général, et pour Lyon en particulier, l’apogée de l’épanouissement en même temps que le commencement de la décadence. Ce fut en effet sous ses murs qu’eut lieu la bataille décisive entre Septime Sévère et Albin. Albin.traqué se réfugia dans une masure des bords du Rhône, s’y vit bientôt assiégé, et, pour ne pas tomber vivant entre les mains de son impitoyable ennemi, se perça de son épée. Il fut traîné respirant encore devant Sévère. Sa tête tranchée, fichée au bout d’une pique, fut portée à Rome comme un précurseur de la vengeance de celui qui devenait le maître incontesté de l’univers.

Lyon qui avait pris parti pour Albin paya chèrement la faute de n’avoir pas su deviner le vainqueur. Sévère était bien l’homme de son nom. Sa vengeance fut implacable. La ville entière fut mise au pillage, une partie de ses habitants égorgés, les maisons incendiées, la plupart des édifices rasés. L’herbe, disent les historiens, poussa sur l’emplacement des palais. L’autel de Rome et d’Auguste toutefois et ses dépendances, à cause sans doute de leur caractère fédéral, furent encore épargnés; mais leur destinées brillantes touchaient à leur fin. Les cultes orientaux d’une part, le christianisme de l’autre, avaient déjà poussé de profondes racines dans les masses populaires, et la religion de l’empereur commençait à ne plus être qu’une formule officielle.

Lyon, dépeuplée, à moitié détruite, ne devait plus se relever. La faveur des Césars l’avait à tout jamais abandonnée. Son titre de métropole des Gaules n’était plus que nominal. Les gouverneurs romains ne voulurent plus habiter au milieu de ruines. Trêves, Cologne, Arles furent désormais le siège de l’administration romaine dans les Gaules. L’heure de la déchéance avait sonné. La splendeur de la colonie de Plancus avait duré seulement deux siècles.

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Les communications de Lyon avec l’Orient étaient fréquentes. Le Rhône lui ouvrait la porte de la Méditerranée; et depuis plusieurs siècles, les Phéniciens et les Grecs suivaient les mômes sillages sur la mer historique par excellence, fondant des comptoirs sur toutes les côtes, dans les havres les mieux situés pour le commerce, remontant ensuite le cours des fleuves pour pénétrer dans l'intérieur. Le Rhône était donc un grand chemin naturel, tout indiqué pour les Orientaux; son confluent avec la Saône était la principale de leurs étapes.

Ces relations faciles et presque continues de l’Extrême-Orient avec la métropole de la Gaule favorisèrent tout naturellement l’invasion des cultes orientaux et l’introduction du christianisme. La religion nationale de Rome et des empereurs ne pouvait suffire longtemps au peuple. Depuis un certain temps déjà, poussé par cette sorte d’attrait irrésistible qu’exerce toujours le mystérieux, il pratiqua plus ou moins secrètement quelques rites étrangers de la Phrygie et de l’Egypte; et César, très sceptique en matière de religion, mais fort désireux de donner satisfaction aux instincts populaires, n’avait pas craint d’offenser le vieil Olympe gréco-romain en rétablissant les cultes d’Isis et de Sérapis.

Les incantations, les purifications expiatoires, les sacrifices

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