CHAPITRE CINQUIÈME
et d’Orange, près de dix à douze mille. Les dimensions du théâtre de Lyon, dont il reste encore des vestiges assez importants dans l’ancien enclos des Minimes, à mi-côte de la colline Saint-Irénée, permettent de lui attribuer environ cinq à six mille places.
Les théâtres n’étaient affectés en général qu’aux représentations dramatiques, dans le sens ordinaire du mot : tragédies, drames, comédies et danses. Toutes les villes principales de l’Occident avaient en outre des cirques ou des amphithéâtres.
L’amphithéâtre, qu’on appelait souvent « les arènes », est en effet le monument romain par excellence. ,
Le premier amphithéâtre en pierre fut construit par Statilius Taurus, ami d’Auguste. Les spectacles sanglants furent dès lors officiellement installés à Rome et eurent leur monument attitré. Presque immédiatement, toutes les villes de l’empire — de l’Occident tout au moins — se donnèrent le luxe d’arènes sur le même type qui n’a presque jamais varié pendant trois siècles. L’amphithéâtre Flavien, qui prit le nom de Colisée, Co/osseo, probablement à cause de la statue colossale de Néron située dans le voisinage, est le plus vaste des édifices de ce genre. Il ne contenait pas moins de quatre-vingt-sept mille places.
Les amphithéâtres des grandes villes de la Gaule — Nîmes, Arles, Narbonne — ne contenaient guère en moyenne que de vingt-cinq à trente mille spectateurs, ce qui est déjà un chiffre assez respectable.
Il est probable que l’amphithéâtre de Lyon devait avoir à peu près la même importance.
Mais Lyon possédait en réalité au premier siècie deux amphithéâtres : l’amphithéâtre municipal, appartenant à la ville romaine, au sommet de la colline de Fourvières, sur la rive droite du Rhône et de la Saône, et l’amphithéâtre fédéral, au pied de la colline de SaintrSébastien, au confluent des deux fleuves, et qui faisait partie des dépendances de l’autel de Rome et d’Auguste; et, bien qu’on ne puisse avoir que des données incomplètes sur leurs dimensions principales, il est certain que l’ensemble du
théâtre et des deux amphithéâtres devait contenir au moins cinquante mille spectateurs.
Ce chiffre permet déjà d’avoir une idée de l’importance de l’agglomération lyonnaise. Mais ce n’était pas tout. Le théâtre et l’amphithéâtre ne suffisaient pas à ce besoin impérieux de divertissements bruyants que l’empire développa chez le peuple et se plut à satisfaire de la manière la plus extravagante. Le cirque et l’hippodrome y suppléèrent, et bientôt les spectateurs les plus difficiles et les plus blasés n’eurent rien à désirer.
De tout temps, les jeux du cirque, par leur variété, le développement et l’espace qu’ils demandent, le luxe de chars, de chevaux, de mise en scène qu’ils comportent, ont été la grande passion, ce que nous appellerions aujourd’hui la grande attraction de la foule. Dans le principe, chez les Grecs, ces jeux n’avaient pour but que d’entretenir la force et la vigueur du corps, de développer l’adresse et de récompenser le courage des jeunes guerriers. Le plaisir et l’art s’y mêlèrent bientôt, et les courses de chars tinrent la première place dans les fêtes olympiques. Ce fut la brillante époque de la Grèce. L’élégance de la forme, le goût exquis, la recherche studieuse de la beauté parfaite et idéale se manifestaient partout. Le vice lui-même était ennobli par le sentiment délicat de l’art; et le culte passionné des hétaïres était quelquefois la source des productions les plus exquises des premiers artistes du monde. C’était à l’hippodrome qu’elles venaient encourager les concurrents, couronner et récompenser les vainqueurs. Au milieu d’elles, les poètes récitaient leurs strophes, les sculpteurs choisissaient leurs modèles, les rhéteurs déroulaient leurs périodes; et ce peuple d’athlètes et de parleurs était devenu, entre leurs mains délicates, un peuple d’artistes, de raffinés et de dileilanti.
Mais à Rome, les jeux du cirque eurent un tout autre caractère. L’art, l’élégance et la grâce furent remplacés par la force et la violence. Presque tous les exercices avaient une terminaison tragique. Point de belles fêtes romaines si l’on n’y versait du sang. II . y avait un cirque dans toutes les villes importantes. Il y en