‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 74 sur 209 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

avait même plusieurs à Rome et dans sa banlieue; mais le premier et le plus vaste de tous était le grand cirque de Tarquin l’Ancien, Circus Maximus , établi dans les bas-fonds de la vallée marécageuse du Vélabre, entre l’Aventin et le Palatin, et dont on ne voit aujourd’hui que des débris clairsemés. Dans le principe, il n’avait pas moins de 600 mètres de longueur sur 150 mètres de largeur .C’était un simple champ de course ou de manœuvre, fermé de toutes parts par une enceinte de gradins en bois. César d’abord, les empereurs ensuite, l’agrandirent successivement et en firent un monument durable. Sous Vespasien, le nombre des places fut porté à deux cent mille; et l’on assure que sous Constantin il pouvait contenir près de quatre cent mille spectateurs. Même architecture, d’ailleurs, que pour les amphithéâtres. A l’extérieur, des voûtes superposées en forme de portiques; au milieu, l’arène; tout autour, des rangées de gradins échelonnés sur des arceaux lourds et massifs.

Les cirques n’étaient pas circulaires. Ils formaient une piste très allongée; et l’arène était divisée dans toute sa longueur, suivant son axe, par un mur assez bas qu’on appelait l’épine, spina . La spina était quelquefois très richement décorée : bustes, vases, statues, bas-reliefs, autels votifs, obélisques la jalonnaient de distance en distance et en faisaient une sorte de musée en plein air. La course avait lieu le long de cette barrière; et c’était à ses deux extrémités qu’étaient plantées les fameuses bornes, meiæ, qu’il fallait tourner brusquement et contre lesquelles venaient quelquefois s’abattre et se briser les chars, les chevaux et leurs malheureux conducteurs.

Comme toutes les grandes villes de l’empire, Lugdunum avait ses courses et son hippodrome. Deux monuments locaux — un bas-relief et une mosaïque célèbre — nous les rappellent.

Il est très probable que l’hippodrome de Lyon devait se trouver dans le voisinage du lieu où la mosaïque a été découverte (1); mais son emplacement précis est absolument inconnu. On manque

(1) E. Ri cahier, le» Courte» de chars à Lugdunum. Gaz . archioh, mars 1870.

aussi des premiers éléments qui pourraient permettre d’évaluer, môme d’une manière approximative, le nombre de spectateurs qu’il pouvait contenir. On sait que, de tous les monuments destinés aux divertissements publics, le cirque ou l’hippodrome était celui qui présentait les plus grandes dimensions; et, en présence du nombre des places que l’on peut raisonnablement attribuer au théâtre (dix mille spectateurs) et aux amphithéâtres (de vingtcinq à trente mille spectateurs), on est fondé à supposer que l’hippodrome pouvait bien, de son côté, en contenir aussi une trentaine de mille. Mais ce ne sont là que des conjectures et des probabilités; et tout ce que l’on peut et doit affirmer, c’est que le cirque était un des éléments de ce groupe de monuments publics qui entouraient, au confluent des deux fleuves, le célèbre autel de Rome et d’Auguste et faisaient de cette partie de la ville fédérale une sorte de quartier officiel et sacerdotal, spécialement aménagé pour les cérémonies publiques, à la fois politiques et religieuses, et pour les grandes fêtes nationales des Trois Gaules.

L’assiette de la ville antique peut aussi fournir quelques utiles indications sur l’importance de sa population. On est, à vrai dire, assez embarrassé pour retrouver exactement le périmètre de l’ancienne agglomération lyonnaise; et tout d’abord il faut en retrancher d’une part toute la partie située à l’aval de l’ancien confluent, c’est-à-dire toute la presqu’île alluvionale moderne, d’autre part les deux grands quartiers de la Guillotière et des Brotteaux, situés sur la rive gauche du Rhône. Ce nom de brotteaux , d’ailleurs, est tout à fait caractéristique. Dans le vocabulaire topographique du Rhône, on désigne sous cette dénomination générique les îles ou terres basses submersibles, plus ou moins couvertes d’oseraies et qui se trouvent dans le champs d’inondation du fleuve. C’est

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