CHAPITRE CINQUIÈME
l’analogue des Ségonneaux de la Provence. La vallée en amont de Lyon, depuis les confins des dépairtements de l’Ain et de l’Isère, n’est qu’une succession de « brotteaux » qui ont été, dans les premiers temps de leur formation, des terres vagues, incultes, aux contours indécis, modifiées après chaque crue, disparaissant quelquefois après les grandes inondations pour reparaître ensuite, et assez semblables aux « craus » de la Durance et de la basse région du Rhône. Le plus connu de tous ces « brotteaux » est celui de Lyon môme, qui a d’ailleurs conservé son nom et l’a donné à l’un des quartiers neufs de la ville moderne. Les Brotteaux de Lyon occupent tout le territoire situé à l’Est des ponts Morand et de Saint-Clair, où se trouvent aujourd'hui le parc de la Tête-d’Or, l’hippodrome et le champ de manœuvre.
Il ne reste rien ou presque rien de l’ancienne enceinte romaine; mais tout porte à croire que la muraille du moyen âge, dont on voit encore quelques débris en plusieurs endroits, suivait à peu près le môme tracé. D’autre part, si on interroge les monuments funéraires découverts jusqu’à ce jour, et qui étaient, comme on le sait, toujours placés en dehors de l’enceinte et aux portes mômes de la ville, on reconnaît tout de suite que les quartiers de Saint-Irénée, de Vaise et de la Guillotière étaient extra muros . On n’a pas trouvé de tombeaux sur le plateau de la Sarra, qui domine la colline de Fourvières, ce qui indique assez nettement que ce plateau était autrefois incorporé dans la ville môme. 11 n’en existe pas non plus dans le quartier d’Ainay, qui était alors une île, ni dans la grande langue de terre interfluviale qui forme l’assiette de la plus grande partie de la ville moderne et qui constituait une sorte de domaine fédéral et religieux, beaucoup plus grand peut-être en étendue que le municipe romain, mais certainement moins habité. Ce domaine, occupé en grande partie par des monuments publics, appartenait d’ailleurs à l’association nationale des Trois Gaules. Point de tombeaux non plus dans l’archipel fluvial qui s’étendait au-dessous et qui formait une sorte de ville amphibie, cosmopolite et marchande, dont il est impossible de préciser l’assiette et l’étendue.
La ville romaine seule présentait un contour bien défini. Tout entière située sur la rive droite de la Saône, échelonnée sur la colline et bâtie sur le plateau, elle parait avoir été entourée, dès le principe, d’une muraille continue qui devait partir de la rive, un peu au-dessous du pont actuel d’Ainay, à l’endroit appelé aujourd’hui la Quarantaine, puis gravir directement la pente escarpée de la montagne par derrière les fortifications modernes, passer au cimetière de Loyasse, et redescendre ensuite vers la rivière qu’elle atteignait à l’extrémité du rocher de Pierre- Seize.
D’après M. Allmer, l’enceinte du Lugdunum romain devait avoir quatre portes. A Pierre-Scize, dit le savant épigraphiste lyonnais (1), entre le pied du rocher et la berge de la Saône, existait une porte du Nord s’ouvrant sur un chemin qui menait du côté de Vaise par le bord de l’eau. A l’Ouest, au sommet du plateau, une deuxième porte s’ouvrait sur la route d’Aquitaine, conduisant, après un parcours de 150 mètres environ, au carrefour de Trion, Trivium , où des fouilles toutes récentes ont mis au jour une magnifique série de monuments funéraires. Cette partie de la route d’Aquitaine formait ainsi, à l’entrée même de la ville, une sorte de « rue des tombeaux » analogue à celle que l’on admire à Pompéi. Au Sud-Ouest, à peu près à l’endroit où se trouve maintenant la porte Saint-Just, devait s’ouvrir une troisième porte donnant passage à un chemin qui traversait tout le quartier Saint-Irénée en suivant la rue actuelle des Macchabées. C’était la route de la vallée du Rhône, qui conduisait à Arles, à Marseille, à Narbonne, celle-là même qui, du temps de Sidoine Apollinaire, passait à proximité de l’église des Macchabées, et de l’intérieur de laquelle, dit le prélat écrivain, on pouvait entendre retentir, « d’un côté le bruit des chevaux et de9 chars de la route, de l’autre, le chant rythmé — le celeusma des rameurs sur les bateaux de la Saône. »
De cette porte partait un second chemin qui allait rejoindre le
(1) A. Allmer, Rev ép. du midi de la France.