CHAPITRE CINQUIÈME
Trivium. Ce chemin a conservé son nom romain : c’est la nie moderne de Tricon. Une quatrième porte enfin existait au Sud, sur le bord de la Saône, et donnait sur un sentier plus ou moins praticable qui a été transformé depuis en une belle route longeant la rive droite de la rivière; c’est le chemin et le quai des Etroits aujourd’hui très largement ouvert. Mais à l’époque romaine, ce chemin des Etroits aurait bien mérité son nom. Resserré entre les pentes abruptes de la colline et la Saône qui le bordait à son pied, il ne présentait pas une assiette suffisante pour qu’on pût établir une grande route. On n’y trouve pas de tombeaux, et cela ne doit pas surprendre; car on sait que les monuments de cette nature étaient invariablement placés en dehors de l’enceinte des villes, le long des routes, et formaient de véritables promenades funéraires, une sorte de cité des morts qui précédait immédiatement la cité des vivants.
D’ailleurs, la Gaule, en l’an 20 de notre ère, était soumise, mais non pacifiée. Le sol était matériellement conquis, mais il restait encore à conquérir le vaincu; et on était toujours sous le coup de quelque dangereux soulèvement. Agrippa, qui avait reçu la mission d’établir quatre grandes routes aboutissant de Lyon aux extrémités des quatre provinces de la Gaule (la Narbonnaise et les trois Provinces Chevelues), n’eut garde de négliger les conditions les plus élémentaires de la stratégie. Les routes qui divergeaient autour de Lyon étaient avant tout des voies militaires; elles se réunissaient sur le plateau au carrefour de Trion, qui était ainsi un centre de rayonnement. Ce quartier de Trion, Trivium , était donc comme une nécropole. Les fouilles exécutées en 1855, tout à fait à proximité de l’ancienne porte d’Aquitaine, ont déjà donné des tombes du temps d’Auguste et de Tibère. Ce sont les premières, les plus anciennes. Les morts se sont succédé; les sépultures se sont ajoutées les unes aux autres; la file des monuments funéraires s’est allongée sur les deux roules d’Arles et d’Aquitaine. On peut déjà suivre sur un certain développement leur échelonnement chronologique ; et des travaux continués avec méthode permettront sans doute de re-
trouver dans cette ville des morts une partie du passé de la colonie.
La ville romaine devait très certainement aussi communiquer avec le quartier du confluent et môme avec l’autre rive du Rhône. La communication avec le confluent avait lieu d’une manière permanente au moyen d’un pont en pierre sur la Saône. De gros blocs retrouvés le long de la rive droite et dans le lit de la rivière, de nombreux pilotis serrés et noircis par le temps fixent assez exactement l’emplacement du pont romain entre les ponts modernes d’Ainay et de l’Archevêché.
La communication entre le quartier du confluent, qui se composait d’un groupe d’îles séparées par de petits canaux navigables, et la rive gauche du Rhône, ne peut aussi faire l’objet d’aucun doute; mais on est beaucoup moins fondé à croire qu’il y ait eu à cette époque un véritable pont sur le Rhône, comme il y en avait un sur lai Saône.
Il est très probable que la communication entre le quartier du confluent et la rive gauche du Rhône avait lieu à l’époque romaine au moyen d’un bac, d’une traille, peut-être d’un pont de bateaux.
On peut donc affirmer au contraire qu’il y avait un pont fixe entre la rive droite de la Saône et les îles du confluent qui formaient le quartier désigné sous le nom de Condate lyonnais, Pagus Condatensis , et que ce pont était situé entre le pont d’Ainay et le pont de l’Archevêché.
En somme, il n’y avait pas sur le Rhône même, dan 9 les premiers siècles de notre ère, de pont permanent.
La restauration de la topographie lyonnaise à l’époque de la domination romaine a fait à plusieurs reprises l’objet de tentatives fort intéressantes; mais, il faut le reconnaître, les plans qui