CHAPITRE CINQUIÈME
ont été dressés ne peuvent présenter un grand caractère d’exactitude.
Comme toutes les villes de la vallée du Rhône, Lyon a existé tout d’abord sur la hauteur et n’est descendu que graduellement le long des berges du fleuve.
Les Terreaux, les Brolteaux, la Guillotière, Ainay, n’existaient pas dans le principe ou plutôt n’existaient qu’à l’état d’iles qui se sont successivement agrandies, soudées, et ont fini par constituer le Lyon moderne. La plus grande partie de la ville actuelle, bâtie sur ce terrain d’alluvions, est réellement conquise sur les ï ô eaux; et ce sont les travaux du dix-septième siècle, projetés et f commencés par l’architecte Perrache, qui ont donné à la ville moderne son assiette et son contour définitifs.
Il est donc absolument impossible de dresser méthodiquement un plan complet de toute l’agglomération lyonnaise à Fépoque romaine. On ne peut connaître exactement que la colonie, la ville impériale, celle qui porta le nom celtique de Lugdunum , qui prit ensuite la qualification officielle de Colonia copia Claudia Augusia Lugdunensis , et qui était le municipe romain.
Si l’on compare le développement de son enceinte, les dimensions de ses amphithéâtres, l’étendue de ses ruines à ceux des villes antiques que l’on connaît le mieux, de Rome par exemple, on peut se faire une idée, sinon exacte, du moins raisonnable, du chiffre de sa population. Rome, au temps de sa plus grande splendeur, paraît avoir eu un milion et demi, tout au plus deux millions d’habitants; et le périmètre de son enceinte était de 20 à 25 kilomètres. A Lyon, le périmètre de la ville romaine présentait à peu près la figure d’un cercle de 4 à 5 kilomètres de développement, dont la Saône formait environ les deux tiers et une muraille l’autre tiers.
D’après ces données, la superficie de la colonie romaine aurait contenu à peu près le vingtième de la population de Rome. 11 est donc peu probable que la ville romaine, bâtie sur le coteau de Fourvières, ait jamais eu plus de 80,000 à 100,000 habitants.
A ce chiffre, il convient sans doute d’ajouter le contingent des
LE CONFLUENT Dü RHONE ET DE LA SAONE 445
faubourgs et de l’agglomération exlra-muros , c’est-à-dire de la ville fédérale et le quartier du confluent. Mais ici l’on est réduit à de simples hypothèses. Comment, en effet, évaluer cette population flottante du confluent, dans ces îles à demi formées qui constituaient le Pagus Condatensis? Quel chiffre donner à ce concours de Gaulois et d’étrangers qui se réunissaient chaque année, à l’époque des grandes foires du mois d’août, autour de l’autel de Rome et d’Auguste? Les trois Provinces Chevelues y envoyaient leurs délégués. Cette pointe du confluent présentait une animation et un mouvement incomparables. La fêle coïncidait avec la foire. Une foule bigarrée se répandait sur la grève, couverte de baraquements, où s’étalaient les produits du monde entier, marché cosmopolite où les échanges se faisaient soit en nature, soit avec des métaux précieux et des monnaies de toutes les provenances et de toutes les effigies. Les Orientaux y apportaient leur ivoire et leurs aromates, les Syriens et les Phéniciens leurs étoffes teintes et brodées et leurs verreries qui rivalisaient avec les produits de la fabrication lyonnaise. On y voyait les Bretons avec leurs ambres et leurs étamages plus brillants que l’argent, les Aquitains avec leurs lits de plume, les Belges avec leurs étoffes de laine grossière, les Germains avec leurs salaisons, les Espagnols avec leurs armes* finement trempées. Les produits nationaux tenaient naturellement la plus grande place. Les étoffes de lin et de chanvre du Nord de la Gaule, les poteries rouges dont la Cisalpine inondait toute l’Europe, les huiles fines de Provence, les vins corsés et poissés de la Narbonnaise et de la vallée du Rhône, constituaient de véritables entrepôts abrités sous de grands hangars, établis probablement d’une manière temporaire sur les berges du confluent. Comme cela existait encore il y a près d’un siècle, sur le Rhône, à la foire de Beaucnire, une flotte de barques, de radeaux, d’allèges de toute forme de toute provenance, était amarrée au rivage, encombrant les divers bras du fleuve qui serpentait au milieu des îles et formait comme une seconde ville flottante, bien autrement bruyante que la ville officielle étagée sur la colline.