CHAPITRE CINQUIÈME
Aucune donnée statistique ne permet de se faire une idée quelque peu exacte du mouvement de cette population pendant la période des fêtes. A vrai dire, ce va-et-vient de trafiquants, débarquant à Lyon de tous les points de l’empire et y apportant pendant quelques semaines les marchandises de tout le monde connu, ne saurait entrer en ligne de compte dans l’évaluation de la population lyonnaise; mais cet apport accidentel devait cependant entretenir, soit dans la ville fédérale, soit dans les des du confluent, une certaine population permanente. Bien qu’il soit impossible de la déterminer, on doit la regarder comme bien inférieure numériquement à celle de la colonie elle-même; et elle ne devait vraisemblablement pas dépasser 30 ou 40,000 Ames. Ce n’est là, il faut en convenir, qu’une hypothèse un peu fragile; mais elle suffit cependant pour permettre d’affirmer que l’agglomération lyonnaise n’était pas, même au temps de sa plus grande splendeur, comparable à celle de nos grandes capitales modernes et était même bien inférieure, comme grandeur, à la ville actuelle.
En somme, Lyon se composait, au premier siècle, de trois groupes très distincts.
Le premier, le plus important, celui qui avait une assiette fixe, était la colonie — le municipe — étagée sur les pentes du coteau de Fourvières et couronnant le plateau. On l’appelait officiellement colonia copia Claudia Augusia Lugdunensis; il ne paraît pas avoir contenu plus de 80 à 100,000 habitants.
Le second, la ville fédérale et sacerdotale, où se tenait annuellement la grande assemblée des Trois Gaules, concilium tolius Galliæ y et qui comprenait surtout des monuments officiels, occupait les pentes de Saint-Sébastien et de la Croix-Rousse. C’était l’f/rbs sacerdolalis trium provinciarum Galliæ.
Le troisième enfin n’était qu’un grand faubourg dans l’archipel fluvial, situé en aval du confluent où se trouve aujourd’hui la majeure partie de la ville moderne, et on l’appelait le Pagus Condatensis ou Condate Lugdunensis .
Même aux jours de sa plus grande splendeur, dans tout l’éclat
de ses fêtes annuelles, il est diflicile d’admettre que le chiffre de la population lyonnaise sédentaire ou flottante ait pu dépasser 150,000 âmes. C'élait ô peine le dixième de Rome.
Notre intention n’est pas de suivre ici les transformations de Lyon à travers les siècles, encore moins de retracer les différentes périodes de sa vie très mouvementée. Lyon a connu toutes les formes de gouvernement et de despotisme : empire romain, royauté bourguignonne, gouvernement des archevêques, régime consulaire, administration des gouverneurs du Lyonnais.
La caractéristique de Lyon est d’avoir été dans tous les temps et de continuer d’être avant tout une ville de travail et de probité; ville d’affaires, d’industrie, de fabrication. Ses académies très vivantes, très actives, ont produit et produisent tous les jours des travaux d’érudition de premier ordre; et il serait tout à fait injuste de leur appliquer le mot de Voltaire au sujet de l’une de leurs voisines, qui se glorifiait un peu trop haut de descendre directement de l’Académie française : « Fille si bien élevée, disait- il, qu’elle n'a jamais fait parler d’elle. » Son école de peinture est célèbre et a donné plusieurs peintres de grand talent. Ses écoles et ses sociétés industrielles traitent depuis quelques années toutes les questions économiques et sociales de la manière la plus large et la plus scientifique. Mais le génie de Lyon est tout à fait pratique et mercantile. « La divinité de la ville, a-t-on écrit quelque part, avec une verve trop méchante, pour ne pas dénoter un parti pris de dénigrement, est le commerce, non point ce commerce des ports de mer rehaussé des dangers d’une navigation lointaine, où le négociant est capitaine et les ouvriers matelots; non point le commerce poétique de Tyr, de Venise, de Marseille, auquel le soleil d’Orient fait une auréole, les étoiles du Midi une couronne, les brouillards d’Occident un voile, les