CHAPITRE SIXIÈME
brige, d’une facture si originale et d’une sonorité toute particulière, a naturellement éveillé le goût des recherches chez les étymologistes; et les versions les plus variées ont été tour à tour proposées (1).
En dénaturant et interprétant d’une manière plus ou moins arbitraire ou, si l’on veut, plus ou moins savante, les éléments et les racines qui paraissent entrer dans la composition du mot, — Al, AU, Allô, Hel, Whel, Allbrig, broy, bro, brog, broig , borg, brig, brug, — on a fait successivement des Allobroges, des « étrangers », des « conquérants d’une race étrangère », des « étrangers basanés », des « habitants du haut pays », des « peuples constructeurs de ponts nombreux », maîtres de tous les passages d’eau du Rhône et de l’Isère, des « peuples hardis et belliqueux », des « peuples habitant un pays couvert de collines », des « habitants des vallons », des « habitants des hauts villages », etc... On n’a que l’embarras du choix; et nous croyons que le mieux est de ne prendre aucune part au débat et de laisser aux « celtistes » tout le mérite de leurs interprétations.
Ce qu’il convient seulement de retenir et de regarder comme absolument certain, c’est que les Allobroges, après avoir pendant un certain temps mené la vie aventureuse et nomade de tous les peuples de la race celtique, finirent par se cantonner dans la partie de la vallée du Rhône comprise entre ce fleuve, l’Isère, les Alpes et le lac Léman. L’Allobrogie fut alors constituée. Elle comprenait deux parties bien distinctes : la région montagneuse à l'Est, la région relativement plate des vallées à l’Ouest. Celle-ci était la plus peuplée, la plus riche, produisait du blé en abondance et, du temps de Polybe et d’Hannibal, portait le nom de « l’île de Gaule ». C’est bien, en effet, une sorte d’île que ce triangle, compris entre le Rhône et l’Isère, dont le confluent forme une pointe, et qui se termine à sa base par un mur d’infranchissables montagnes.neigeuses.
(1) Allobriges, s AX),o6pîysç. — Voir Polybe, Strabon, Appien, Dion-Cassius, Tite-Live, poil.
Vienne était la capitale de toute l’Allobrogie. Un nombre assez considérable de burgs et d'oppida. relevaient de la métropole. Les inscriptions et les itinéraires nous ont laissé les nom9 des principaux : Tain, Tegna; Moirans, Morginno; Bourgoin, Ber gusio; Lemins, près de Chambéry, Leminco; Saint-Pierre d’Albigny, Mantala; Condate , au confluent du Fier et du Rhône; Genève, Genava , sur les bords du Léman; Grenoble enfin, Cularo , qui était déjà une ville formée au temps de Plancus et de Cicéron . Tous ces villages, burgs ou oppida , se ressemblaient et devaient posséder leur enceinte de murailles solidement construites, suivant l’usage du temps, en gros blocs rectangulaires appareillés sans ciment, protégeant un inextricable fouillis de maisons, de huttes grossières faites de planches, de pierrailles et de terre battue.
Vienne allobroge demeura toujours la fidèle alliée de Rome et sa prospérité commença avec la conquête. César lui donna le rang de colonie latine. Quelques années après, Auguste l’élevait en dignité et en faisait une colonie.
Les médailles de l’époque sont le témoignage authentique de celte transformation officielle de la ville de Vienne, et peuvent être considérées comme de véritables pièces de fondation. Le plus grand nombre porte au revers la mention de la colonie : C. I. V. Colonia Julia Vienna, et une proue de navire mâté, indice de l’importance qu’elle pouvait retirer de la navigation du Rhône qui était, à défaut de bonne routes de terre, la grande voie commerciale du pays. Sur la face, on y voyait figurées tour à tour les têtes de César, d’Octave, d’Agrippa, nues ou laurées, seules ou adossées.
Le nom barbare d’Allobrogie disparut. Mais Vienne continua à être la métropole de tout le pays; et son nom devint officiellement celui de la province romaine tout entière. De Genève à Grenoble, du pied du mont Blanc et du Léman au Rhôûe et aü versant oriental du mont Pilât, et presque jusqu’aux embouchures de la Drôme et de l’Ardèche, il n’y eut plus que des Viennois, Viennenses . Le territoire de la Viennoise fut d’abord le