CHAPITRE SIXIÈME
môme que celui de l’ancienne Allobrogie; mais cette Viennoise, Viennen&is provincia , province consulaire, s’étendit successivement, et devint assez vaste pour être démembrée au quatrième siècle en deux provinces distinctes : la Viennoise première et la Viennoise seconde; — celle-là septentrionale, correspondant en tout ou en partie aux départements de l’Ain ,de la Haute-Savoie, de la Savoie, de la Drôme, de la Loire, de l’Isère et de l’Ardèche; — celle-ci, méridionale, correspondant aux départements de la Drôme, de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. Les principales villes dépendant de Vienne étaient : Genève, Geneva; Grenoble, Cularo ou Gratianopolis; Die, Dea Vocontiorum; Valence, Var lentia ; Viviers, Alba Helviorum ; Saint-Paul-Trois-Châteaux, Augusta Tricastinorum ; Vaison, Vasio; Orange, Arausio; Avignon, Avenio; Cavaillon, Cabellio; Carpentras, Carpentoracte; Arles, Arelate , et même Marseille Massilia. Les peuples agglomérés autour de la métropole, et qui constituaient le groupe général des Viennois, étaient d’abord les anciens Allobroges; puis, par voie d’agrégation successive, les Voconces, les Helviens, les Ségalaunes, les Tricastins, les Anatiliens, les Cavares, et enfin les Massaliotes.
La modeste sous-préfecture de l’Isère, qui passe aujourd’hui presque inaperçue, a été ainsi, pendant les premiers siècles de notre ère, une puissante capitale. Tout d’abord, dès le lendemain de la création de la colonie, les coteaux des deux rives du Rhône se couvrirent de vignes, et la ville de Vienne de somptueux monuments. Au premier siècle, le vignoble viennois — Vienna vilifera — était réputé dans le monde entier et le poète Martial semble avoir fort apprécié cet élément de richesse et de célébrité que les grands crus de Côte-Rôtie et de l’Hermitage rappellent de nos jours.
Presque toujours on désignait Vienne sous le nom de « la belle Vienne », pulchra Vienna (1), et Claude, dans son célèbre discours au Sénat pour obtenir l’admission des principaux chefs
(1) Martial, 1. !3, éptgr. 7.
de la Gaule Chevelue au rang de citoyens romains, la qualifiait de « ville puissante et très ornée », ornatissima ecce colonia valentissimaque Viennensium .
Comme toutes les villes de premier ordre, Vienne possédait naturellement toute la série des monuments pour ainsi dire classiques de l’époque impériale : un forum, des temples, des thermes, un théâtre, un cirque, un amphithéâtre, etc... Quelques débris informes pour la plupart et un nombre très considérable d’inscriptions soigneusement classées et interprétées ont permis cependant de reconstituer à peu près la physionomie de la ville antique.
Comme relief général, Vienne présente ou plutôt présentait à l’époque romaine trois assises principales, trois grandes terrasses superposées communiquant entre elles par des escaliers d’un caractère tout â fait monumental. La ville était bâtie sur les pentes de cinq collines, formant une sorte d’hémicycle divisé en deux parties à peu près égales par le ruisseau de la Gère. Dans les premiers siècles et au moyen âge, si l’on en croit les antiquaires locaux, ces cinq collines portaient : sur la rive droite de la Gère, les noms de Sospolium ou Mons Salutis et Afons Amaldi; sur la rive gauche, les noms de Quiriacum ou Quiricum , Crappum et Pompetacum. Il est plus clair et plus sûr de se contenter des désignations modernes : mont Salomon, mont Arnaud, colline de Sainte-Blandine, colline de Saint-Just, colline de Pipet. Une enceinte continue de murailles d’un développement de 6,000 mètres environ entourait tous ces mamelons. Flanquée de tours rondes à la mode romaine, percée de cinq portes, cette enceinte rejoignait au Nord et au Sud la berge gauche du Rhône. On a retrouvé, de distance en distance, les débris de cette ancienne fortification, qui paraît avoir eu une épaisseur moyenne