CHAPITRE SIXIÈME
de 21 pieds et une hauteur de 45. L’enceinte du moyen âge, beaucoup moins imposante, était tout entière enveloppée par l’enceinte romaine. La ville romaine avait, sur cette rive gauche du Rhône seulement, une étendue au moins triple de la ville du moyen âge. Mais, débordant bientôt de sa ceinture, elle a franchi le Rhône; et les ruines nombreuses, les débris de statues, d’objets d’art, de mosaïques, les inscriptions que l’on a retrouvées à plusieurs reprises et en si grand nombre sur la rive droite, à plus de 500 mètres du fleuve, sur les territoires de Sainte-Colombe et de Saint-Romain en Gai, sont le témoignage irrécusable de l’existence d’un faubourg qui avait presque l’importance d’une seconde ville.
Un pont en maçonnerie reliait la ville de la rive droite et celle de la rive gauche. C’était l’un des plus grands et des plus anciens ponts de l’empire. On a môme plusieurs fois soutenu que, pendant la période romaine, il y avait deux autres ouvrages du même genre mettant en communication Vienne et Sainte- Colombe. Les deux parties de la ville auraient été ainsi réunies par trois ponts. C’était beaucoup pour l’époque. Un seul, d’ailleurs, a subsisté. Plusieurs fois emporté par les grandes crues du fleuve, il a été, pendant tout le cours du moyen âge, l’objet de consolidations et de reconstructions successives, et présentait, au seizième siècle, comme tous les ponts de l’époque, un caractère à la fois militaire et religieux. Une petite chapelle était implantée au milieu du pont. On y disait des prières et on y célébrait la messe pour les passants et les donateurs. Les extrémités étaient commandées par des ouvrages de défense, tours, herses, pont-levis. Du côté de Sainte-Colombe, c’était une grosse tour flanquée d’échauguettes, qu’on appelait la « clef de l’empire »; du côté de Vienne, s’élevait un ouvrage à peu près semblable, muni d’une forte herse et qu’on appelait la « clef du royaume ». Le pont romain et le pont du moyen âge ont tous deux disparu, et pendant longtemps un modeste bac à traille a remplacé l’ancien monument des premiers âges. Depuis 1829, la communication est assurée par un pont suspendu, solution un
peu mesquine si on la compare au pont en pierre et peut-être aux trois ponts de l’époque romaine.
Les monuments antiques de Vienne étaient groupés sur les trois étages de la ville. Le déplorable état et bien souvent l’insuffisance des ruines sont tels qu’il serait à peu près impossible de les reconstituer sans le secours des inscriptions. Le seul gros massif qui soit resté est celui de la citadelle qui couronnait toute la plate-forme du mont Pipet et dont les épais soubassements revêtent le roc de distance en distance sur une hauteur de 50 pieds. Immédiatement au-dessous, sur la terrasse qui constituait la ville moyenne, s’élevaient le théâtre, l’amphithéâtre et le palais de l’empereur, ce dernier, entouré de jardins en quelque sorte suspendus qui dominaient le cours de la Gère. Il ne reste rien ou presque rien de ces monuments.
Mais des restes très apparents du gros œuvre de l’amphithéâtre ont pu être relevés et mesurés au commencement du siècle par l’archéologue Schneyder ; et, si l’on en croit le témoignage du savant Juste Lipse, qui parlait d’après Eusèbe, « l’amphithéâtre de Vienne l’emportait autant en grandeur et en beauté sur celui de Nîmes, que la ville de Vienne elle-même était supérieure à Nîmes en magnificence (1). »
Le grand axe de l'ellipse était parallèle à la colline; il mesurait dans l’intérieur de l’arène 98 mètres; et il semble résulter des nombreux débris, qu’on a malheureusement gaspillés et mutilés, qu’une partie de la décoration extérieure du monument était de marbre, luxe sans autre exemple dans l’Occident.
L'effet d’un pareil édifice élevé sur une terrasse de 20 à 30 mètres au-dessus du fleuve devait être indescriptible et véritablement unique. Aucun amphithéâtre de la Gaule ne pouvait lui être comparé; et, dans leur enthousiasme pour leur ville, dont ils ont fait avec un incontestable talent une monographie pleine d’intérêt et une restauration peut-être un peu idéale, les artistes et les savants viennois du commencement du siècle ne craignent
(1) Schneyder, Ms. à la bibliothèque de Vienne.