CHAPITRE SIXIÈME
pas de le placer, comme effet décoratif, au-dessus même du Colisée, implanté dans un bas-fond, un peu en contre-bas, à l’extrémité du Forum.
On croit reconnaître l’emplacement de9 thermes au pied de la colline de Saint-Just. L’historiographe pour ainsi dire classique de Vienne, l’excellent Chorier, qui écrivait en plein dix-septième siècle, déclare les avoir vus et dit qu’ils présentaient une telle profusion de marbres, de mosaïques et de statues, que le luxe romain semblait y avoir épuisé ses ressources On est un peu obligé de croire ici les archéologues sur parole. Toutefois, l’existence de thermes dans une ville de l’importance de Vienne est aussi peu douteuse que celle d’un amphithéâtre; et, si l’on ne retrouve plus aujourd’hui des bains de la ville sénatoriale que quelques subslructions fort dégradées, on peut suivre, à divers étages de la colline et sur plusieurs kilomètres de longueur, la trace des anciens aqueducs qui les alimentaient (1). L’eau, que Pindare appelle « la première des choses excellentes », était pour les Romains un objet de première nécessité. Toutes les villes de l’empire étaient dotées de magnifiques canalisations. Vienne était encore mieux pourvue que Lyon sa voisine. Lyon n’avait que quatre lignes d’aqueducs; Vienne en, avait huit. L’eau était presque à ses portes; et le mieux conservé de ses huit aqueducs, restaurés en 1721, suffit à ses modestes besoins.
L’emplacement du cirque ou de l’hippodrome est mieux connu et se trouve au Sud de la ville, dans la plaine dite de l’Aiguille. Des fouilles nombreuses ont remis au jour un côté entier du soubassement elliptique qui supportait les gradins, plusieurs de ces gradins eux-mêmes, et la spina qui partageait la piste dans le sens de sa longueur.
La pyramide que l’on voit encore aujourd’hui, — l’un des rares monuments de l’époque romaine conservés à Vienne, —
(i) Chorier, Antiquités de Vienne , past .
était sans doute l’un de ces édicules décoratifs de la spina , peutêtre la célèbre meta autour de laquelle évoluaient les chars des auriges. Carrée à la base, percée de quatre arcades flanquées chacune de deux colonnes complètement engagées, elle est dans un état de conservation presque parfait; mais l’absence complète d’inscriptions et de toute espèce d’attributs ne permet pas d’interpréter très sûrement sa destination première. Elle a passé tour à tour pour le tombeau du légendaire fondateur de la ville, Venerius, à peu près aussi authentique que Francus, premier roi des Francs; pour le cénotaphe d’Alexandre Sévère ; pour un obélisque; pour une meta du cirque; enfin, pour le mausolée de Ponce Pilate, qui, suivant une tradition très tenace ayant plus de notoriété que de vraisemblance, aurait péri misérablement à Vienne. A vrai dire, on ne sait trop ce que c’est; et il y a là encore pour les archéologues, une sorte d’énigme qui pourra exercer longtemps leur imagination et défrayer leurs controverses.
Le forum occupait l’étage inférieur de la ville. 11 communiquait avec l’étage supérieur, où se dressaient le théâtre, l’amphithéâtre, le palais et lès jardins impériaux, par plusieurs escaliers dont les ruines colossales, encore assez bien conservées il y a quelques années, pouvaient donner la plus haute idée de la splendeur de la ville antique. Ces grandes rampes d’accès devaient être une des merveilles de Vienne. Le forum parait avoir eu une largeur de 75 à 80 mètres sur une longueur indéterminée. Comme toutes les grandes places publiques de l’époque, il était entouré de portiques. Il n’en reste malheureusement que quelques soubassements, quelques pans de mur méconnaissables noyés dans des constructions vulgaires, et une magnifique arcade sous laquelle on passe pour pénétrer dans la cour de la mesquine salle du théâtre moderne et que ses proportions grandioses ont fait appeler improprement la « porte triomphale ». Cet arceau, oublié par les démolisseurs, peut donner une idée des dimensions et de l’ordonnance du forum antique.
Au milieu de toutes ces ruines, on a eu cependant l’incroyablè