‹ Du Saint-Gothard à la mer. Le Rhône, histoire d'un fleuve. Nouvelle éditionChapitre 91 sur 209 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Le groupe des Enfants se disputant une colombe , la Levrette couchée , une statue d ’Hylas, un Apollon à Tare , une belle Laionc lavant ses enfants dans le Xanthe , un Endymion couché près de son chien , une Diane chasseresse , un gracieux médaillon en mosaïque représentant VEnlèvement de Ganymède , un torse de jeune homme, retrouvé à Sainte-Colombe, près du palais du Miroir, l’un des plus élégants modèles de la statuaire antique, sont des pièces de premier ordre qui feront toujours l’admiration des amis de l'art.

Tout le monde connaît aussi l’inimitable buste de faune qui se trouve au musée du Louvre. Ce marbre grec fut découvert à Vienne, en 1820, dans les ruines d’une salle romaine, située sur le quai de la Gère, élégamment ornée de pilastres et de revêtements de marbre. La gaieté folâtre du suivant de Bacchus est exprimée avec tant de bonheur et de vérité qu’il semble difficile, pour ne pas dire impossible, d’atteindre à un plus haut degré de perfection. Le faune rit ; et ce rire moqueur, quelque peu lascif, illumine réellement sa figure en découvrant deux merveilleuses rangées de dents.

Deux têtes de femmes méritent encore d’être citées d’une manière toute spéciale.

L’une est en bois dur; or, les œuvres antiques en bois sculpté sont, on le sait, d’une extrême rareté, et, le plus souvent, d’un dessin et d’un modèle assez primitifs. Celle-ci, au contraire, récemment découverte à Vienne même, est d’une exécution très fine. La physionomie est empreinte d’une beauté juvénile, ferme et gracieuse; et les cheveux, délicatement relevés à la mode grecque sont retenus par un triple bandeau.

L’autre tête de femme est en bronze et a été mise au jour, en novembre 1859, par la charrue d’un paysan, à Villette-Serpaize. Elle appartenait à une statue qu’on a jusqu’ici vainement cherchée près de Vienne. La tête seule, diadémée, de grandeur naturelle, a été découverte. Elle est réellement magnifique, plaquée d’une forte lame d’argent dont on trouve encore quel-

ques traces. Les yeux renfermaient des incrustations d’or, d’émail ou de pierre précieuses. La noblesse et la sérénité de la figure, une perfection de beauté qu’il n’est pas donné à la nature d’atteindre et qui n’existe que dans le domaine de l’idéal, excluent l’hypothèse d’un portrait. Ce n’est pas une impératrice, encore moins une patricienne. C’est une déesse, et une déesse reine, vraisemblablement Junon.

Les deux marbres incontestablement les plus précieux que l’on a retirés du sous-sol gallo-romain de Vienne, et qui, très certainement, figureraient à une place d’honneur dans les plus célèbres galeries de Rome ou de Naples, sont deux torses de femmes.

Le premier, de proportions colossales, n’est qu’un fragment de statue assise, découverte en 1823 dans les fondations du palais archiépiscopal, et qui a été malheureusement très mutilé. La tête et le bras droit manquent ; le sein droit et l’avant-bras gauche sont brisés, les jambes coupées à mi-cuisse. Le torse est couvert du double chiton ionien à manches, noué autour des hanches par une ceinture. L’étoffe légère enveloppe le corps sans y être trop plaquée et le montre sans le toucher. Ce vêtement est traité avec une délicatesse et une grâce exquises; et le plus léger mouvement, la moindre flexion sont accusés par les plis. La statue est évidemment de provenance grecque, et on reconnaît tout d’abord la texture grenue et pailletée du célèbre marbre pentélique qui nous a donné tant de chefs-d’œuvre.

Le second torse de femme est peut-être plus remarquable encore. 11 est connu dans le monde des arts sous le nom de « Vénus accroupie de Vienne »; mais c’est une désignation purement conventionnelle, car il n’est pas démontré que l’artiste ait voulu représenter la plus charmante déesse de l’ancien Olympe; et il est probable que l’on est tout simplement en présence du portrait de quelque belle hétaïre de l’époque, bien formée, très matérielle, et même d’une nature plantureuse jusqu’à l’excès.

La statue, en marbre de Paros, de provenance grecque, a été

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