CHAPITRE XIV
les questions en litige. Ces associations peuvent aussi, dans la plupart des cas, invoquer l'appui des journaux, dont la publicité gratuite est presque toujours offerte pour la défense de toute cause juste, quand elle est plaidée avec modération par les ouvriers ou par leurs représentants.
Il serait fort utile aussi, pour ces associations, de posséder un ou plusieurs petits journaux, fussentils hebdomadaires, dont quelques colonnes seraient consacrées à instruire et à moraliser leurs lecteurs, tandis que les autres contiendraient des indications utiles et des annonces concernant l'offre et la demande du travail,, les moyens de se procurer les objets de consommation usuelle à bas prix, etc.
Malheureusement, la plupart de nos travailleurs lisent peu ; on ne peut guère citer d'exception à cet égard que chez les ouvriers flamands, qui lisent assez pour maintenir en vie quelques petits journaux, écrits dans leur langue, et dont le langage atteste une trop fière indépendance pour que l'on puisse supposer qu'ils sont subventionnés par quelque coterie politique ou religieuse. Il n'est pas à notre connaissance qu'un journal français, spécialement consacré aux ouvriers, ait pu se soutenir dans notre pays, pendant deux ans. Les cabarets et les estaminets fréquentés par les ouvriers ne s'y abonnent même pas, en alléguant que souvent la bande d'adresse en demeure intacte pendant plusieurs semaines. S'il en était autrement, si un journal destiné aux ouvriers acquérait une publicité suffisante
pour le soutenir pendant quelques années, assez de patrons trouveraient de l'avantage à y faire insérer des demandes de travail, assez de marchands y offriraient des produits à l'usage des ouvriers, pour que le journal pût se soutenir presque par le seul revenu de ses annonces, et pour que le prix de l'abonnement en fût réduit de manière à être mis à la portée de tout ouvrier sachant lire. On a la preuve de cette assertion dans Y Office de publicité, journal hebdomadaire d'un assez grand format, qui contient autre chose que des annonces, et dont le prix d'abonnement, couvert en grande partie par les primes qu'il distribue à ses abonnés, n'est que de 4 francs par an. Ce journal a donc, à peu près, résolu le problème de la publicité gratuite, en s'adressant à un public assez nombreux pour s'attirer des annonces dont le produit suffise à couvrir tous les frais de sa publication. Ce procédé, qui n'exige qu'une certaine avance de capital et un peu d'habileté d'exécution, serait un beau et utile cadeau à faire par des philanthropes à la classe ouvrière, dont ils hâteraient ainsi le développement matériel, intellectuel et moral.
Nulle part, à notre connaissance, les associations entre ouvriers n'ont produit, d'une manière complète, les bons résultats qu'elles sont susceptibles de produire. Ceci n'a rien qui doive surprendre, ni encore moins faire désespérer de leur avenir; car, d'une part, elles sont formées d'éléments ayant tous reçu une éducation individuelle plus ou moins imparfaite, et ensuite, l'expérience ne leur a pas